De Jakobswee (5/14 - 2018) - Jour 5Dimanche, 23.09.2018, Palo Allande - A Mesa, 24 km

Pour le dire d’emblée, cette étape a été l’étape reine de ma pérégrination de cette année pour m’exprimer dans des termes de cyclistes.

Après avoir examiné le profil nous avions convenu d’avancer chacun à son rythme comme d’habitude et que le ou les premiers arrivés attendraient quelque part celui ou ceux qui suivent. Raymond 2 et moi ont la même cadence, il s’en suit que Raymond passe soit devant soit derrière nous.

A la sortie de Palo Allande le chemin longe la AS14 pour bifurquer peu après à la gauche et c’est parti pour sept kilomètres pour passer de cinq cent vingt-quatre mètres à mille cent quarante-six mètres d’altitude le tout sur un chemin très accidenté.

Avant de quitter la route nous inhalons encore l’odeur du purin fraîchement réparti dans les prés où je me demandais qui a eu le courage de s’y aventurer avec un tracteur auquel est attaché une citerne dont le point d’équilibre varie en fonction du degré d’inclinaison de la pente et du pourcentage de contenu restant dans la citerne. Quoi qu’il en soit il l’avait fait et aucune machine agricole ne se trouvait dans le ravin. Toute la vallée était engrossée par ce résidu de l’agriculture. Fait est qu’il faut bien qu’on le mette quelque part. Comme je l’ai déjà écrit dans un autre endroit : celui qui veut se servir de l’industrie agro-alimentaire doit également accepter ce volet – il n’y a pas photo.

Devant nous deux couples français avec à l’arrière une femme qui nous dira quelques jours après qu’elle a dépassé les soixante quinze ans qui marche à son rythme et qu’à ce moment j’avais tout simplement sous-estimé – qu’elle m’en pardonne après coup. Même si elle avait fait transporter son bagage, il faut le faire – chapeau.

Tout près de El Mazu le rio Nison passe à travers les prés. Ce qui est cependant intéressant est le petit canal en amont et parallèle au rio. On y récupère l’eau qui descend de la montagne probablement pour alimenter un ancien moulin ou pour irriguer les prés et les champs.

Dans le hameau Penaseita juste avant que les choses sérieuses ne commencent nous croisions un pèlerin qui était en train de vider l’ensemble de sa gourde d’un coup alors qu’il affichait déjà des signes d’extrême fatigue. Sachant aujourd’hui qu’à plus de quinze kilomètres il n’y avait plus moyen de se ressourcer en eau, il avait probablement dû se réalimenter dans le ruisseau qui descend de la montagne sans savoir si cette eau est buvable ou non.

Presqu’à la même hauteur nous croisions un homme en tenue de chasse vêtu d’une veste fluoressante et je lui demande s’il y a une « caza » (une chasse) dans le coin. « Si si « me répond-t-il « pero mas alto » et montre de la main. Bonjour les dégâts, c’est justement le chemin en direction duquel nous sommes en train de monter.

Pendant toute la montée pour accéder au Puento del Palo Raymond 2 et moi marchions ensemble, séparés tout au plus d’une centaine de mètres. Nous fonctionnons en effet selon le même principe qu’il vaut monter d’un coup, quitte à changer de cadence en cours de route, que de s’arrêter plusieurs fois et bruler trop de grains pour redémarrer. Si à travers la forêt nous étions passés sur des pierres couvertes de mousse, elles avaient cédé la place à du gravier une fois la crête dépassée où les arbres poussent encore. Sans l’abri d’un quelconque arbre il vaut mieux s’y s’aventurer au petit matin qu’à midi ou encore plus tard à cause du soleil qui peut vous freiner voire vous forcer à abandonner. Outre des pèlerins qui y passaient, le chemin est également un chemin d’alpage et les vaches laissent leurs empruntes.

En haut du Puente del Palo, mère nature vous récompense pour l’effort consenti lors de la montée. Raymond  nous rejoint douze minutes après et nous profitons pour faire une pause en commun et manger un petit quelque chose, question de compenser les grains brûlés. Pendant ce temps, outre le merveilleux paysage, nous découvrions l’arrivée de bus et de voitures qui s’arrêtaient pour permettre à ses occupants de faire les mêmes photos que nous. Des cyclotouristes éaient également au rendez-vous et portaient les mêmes signes d’efforts que nous. Pour faire des photos de groupes et prouver qu’on était vraiment sur place nous nous donnions volontiers à un échange de portables pour pérenniser le tout.

Dans la descente qui donne sur Montefurado, Raymond 2 me demandait d’aller en premier étant donné que je descends un peu plus vite. Il préfèrait soigner son genou et éviter de se payer une entorse. Toute cette descente qui continue jusqu’à Lago et s’étire sur cinq kilomètres porte sur un dénivelé de trois cent mètres est plus qu’inintéressante – on brûle juste des kilomètres. Montefurado mérite néanmoins d’être mis en exergue puisqu’on voit les quelques maisons au loin et le tout donne l’impression d’avoir devant soi une sorte de maisonnettes qu’on voit à Machu Picchu.

Parlant de descente et sachant que chacun se chausse comme bon lui semble, que se soit avec des tiges hautes ou basses, il est néanmoins conseillé si non impératif d’acheter une pointure en plus de celle qu’on chausse normalement. En procédant de la sorte le point de freinage lors des descentes est au niveau du pied et non pas au niveau des orteils. Tant qu’on parle de chaussures : le conseil pour les chauffeurs comme quoi il faut adapter sa vitesse et ses pneus aux conditions météorologiques vaut sous une variante légèrement différente également pour les randonneurs. Il faut adapter ses semelles au profil du terrain dans lequel on progresse : souple, demi rigide ou rigide. Je déconseille vivement d’affronter le Camino avec des semelles souples. Finalement et je me répète au niveau des chaussettes : depuis que je chausse du pur synthétique et non plus des exemplaires avec un tiers de laine, mes pieds ne transpirent plus et je suis à l’abri d’ampoules.

Tout près de Lago le chemin passe devant le cimetière local avant qu’on n’accède au village – un mur. Sur tout le Primitivo nous sommes passés par des endroits avec des montées spectaculaires mais les quelques centaines de mètres à l’entrée de Lago l’emportent. A en juger notre estimation à nous trois on y dépasse les vingt-cinq pourcents.

Le plateau juste avant Berducedo était particulièrement marqué par l’extrême sécheresse de cet été et le passage de la fermière avec son tracteur pour porter de l’eau aux vaches, malgré le fait qu’elle a roulé lentement, a cependant soulevé de la poussière qui venait nous souhaiter la bienvenue. Contrairement à ce que les paysans ont pu rentrer cette année au Luxembourg, leurs confrères dans cette partie de l’Espagne ont probablement dû se contenter avec une seule coupe et commencer à alimenter le cheptel plus tôt que prévu.

A Berducedo il y a des albergues et des cafés restaurants. C’est donc tout à fait naturel qu’on y avait rencontré des visages connus dont un certain nombre avait sorti le drapeau blanc pour cette journée. Alors que nous cassions la croûte sur une terrasse un chien difficilement attribuable à une personne présente est venu nous saluer. Pour voir s’il était peureux ou non, Raymond 2 lui avait donné une tranche de jambon qu’il s’est empressé d’aller déposer de l’autre côté de la rue sans se soucier du trafic au moment de croiser la route. Il se peut néanmoins qu’il y a cherché un endroit tranquille pour la manger. Pendant ces arrêts à midi notre consommation de liquide était normalement un café con leche ou tout au plus ce breuvage brun aux multiples morceaux de sucres pour les Raymond et Raymond 2. Le nombre de personnes qui se donnent à midi à une ou plusieurs cervezas n’est pas négligeable. Personnellement je ne pourrais plus marcher par la suite – d’autres le peuvent.

Comme tous les ans je voyais au moins un âne sur mon chemin, question de penser à mes fidèles compagnons aux longues oreilles sur la Voie de Vézelay. Le fil entre moi et un âne semble bien passer, certains diront qu’entre frères on s’entend bien. Quand je pense à l’intelligence que ces animaux mettent au jour, je me sens flatté par de tel propos. Celui que j’ai pu caresser à la sortie de Berducedo aurait néanmoins besoin d’urgence qu’on lui traite les sabots.

La descente vers A Mesa s’est malheureusement faite sur le goudron de la AS14. Arrivé à bon port dans l’Albergue Miguel on découvre une auberge flambant neuve avec deux dortoirs mixtes pour seize personne chacun, trois douches et trois WC pour chaque compartiment y compris un rangement fermable à clef par personne le tout à quinze euros. A l’arrivée dans un hôtel ou une albergue on demande normalement une pièce d’identité au moins celle de celui qui a réservé. Dans d’autres établissements on demande une pièce d’identité à tout le monde – tel fut le cas dans l’Albergue Miguel qui est un établissement familial. C’est la doyenne qui nous recevait et essayait en vain de se servir de l’app spécifique du portable pour copier les cartes d’identités. Elle a essayé à plusieurs reprises, une fois l’angle pour capter l’image était trop incliné, l’autre fois elle tremblait lors de la prise d’image, puis la distance entre la pièce à copier et le portable était trop éloignée ou trop proche et ainsi de suite. Un peu fatigué avec une énorme envie de passer au plus vite sous la douche on aurait bien aimé lui donner un coup de main mais on était du mauvais côté du comptoir. Finalement elle a commencé à copier le tout à la main en confondant les prénoms et les noms et bonjour les dégâts pour ceux d’entre nous qui ont deux prénoms – vous le devinez certainement : nous avons tous les trois un double prénom. C’est ainsi que mon identité s’est résumée à mes deux prénoms, donc une autre personne que celle qui avait réservé. Les « Millepäteren » mettraient probablement une heure au grand maximum pour fabriquer un support pour insérer le portable dans une rainure avec un repère pour déposer la carte d’identité mais on ne dispose pas de l’app pour tester l’efficacité – ce serait quand même un beau cadeau.

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