Lieserbréif vum Edouard KuttenChoix entre un franciscain et un jésuite

En 2017, lors du premier tour des élections présidentielles, la France républicaine et laïque se trouvait dans une situation inédite. Les électeurs avaient le choix entre un président « franciscain » Fillon, et un président « jésuite » Macron. Du jamais vu !

Fr. Bouvard, formé chez les jésuites supervisa l’élaboration du programme de Fillon. G. Larcher, président du Sénat, converti au protestantisme, devait faire le lien entre le candidat Fillon et les représentants des différentes confessions. Fillon eut le soutien de Ch. Million, ancien ministre de la défense, un traditionaliste proche de l’Opus Dei. Fillon fait partie de la vieille garde de cette bourgeoisie catholique.

Macron, pas très attiré par le public, éduqué dans un lycée jésuite « La Providence » à Amiens, a derrière lui la « nouvelle garde » de la bourgeoisie, qui veut moins de contrôle politique sur l’ordre économique, assurant par-là le retour en force de la puissance financière. L’apprenti sorcier jésuite sera sous bonne garde.

Le banquier jésuite se dit « réconciliateur des Français ». Pour cela il a une idée bien précise, le « plein pouvoir »  (cf. Figaro 20.04.2018), c.à.d. obtenir aux législatives une majorité absolue qui soit présidentielle. Il n’y aura pas de coalition ni avec Les Républicains, ni avec le Parti Socialiste.

L’on sait que derrière Fillon et Macron se « cachaient » les hommes d’affaires du patronat ; chez l’un d’une façon plus cachée, chez l’autre d’une façon plus ouverte.

Mais ce dont les médias ont rarement parlé est le fait qu’il y avait un troisième larron en foire. Et c’est grâce à lui que Fillon avait gagné les primaires des « Républicains » contre un Sarkozy dénigré comme ancien « président des riches ». Fillon c’était « l’apôtre de l’entreprise de l’autorité et de la foi ». En coulisse c’étaient les financiers qui fixaient le cap politique à l’aide de leurs consultants (cf. Monde Diplomatique, février 2017).

Devenu président, Macron cherchait un précieux allié, et ses paroles furent claires : « le lien entre l’Eglise et l’Etat s’est abimé, il nous incombe de le réparer » (cf. La Voix du Nord 11.04.2018). Macron commença de parler plus de catholiques et de société que de l’Etat et de l’Eglise. Ce n’est pas un hasard. Pour lui, ayant effectué sa scolarité de la 6ème à la 1ère chez les jésuites, un homme peut faire de la politique avec des convictions, mêmes chrétiennes, si besoin en est.

En février 2017, il avait déjà déclaré qu’il ne séparait pas Dieu du reste. Or la France laïque, dont il est devenu entretemps le président, sépare Dieu du reste.

La laïcité dans ce contexte n’interdit d’ailleurs pas le dialogue entre Etat et les Eglises (loi 1905). Mais il y a dialogue et dialogue. Lorsque ce dialogue devient politicien à tendance discriminatoire vis-à-vis des non-croyants, il y a problème !

Macron s’adresse aux catholiques parce qu’ils sont majoritaires, fait important si l’on veut en tirer un bénéfice politique. Le « grand » Charles de Gaulle  a été on ne peut plus explicite dans une lettre adressée le 21 juin 1958 au pape Pie XII. De Gaulle, officiellement reconnu par les historiens commandités comme combattant antifasciste à la Croix lorraine, adressa les paroles suivantes à ce pape connu pour sa sympathie pronazie : « En toute piété, j’appelle Son soutien spirituel sur mon action et lui demande de bénir la France » (cf. Figaro 11.04.2018). De Gaulle aussi avait eu besoin du soutien clérical-catholique.

Comme de Gaulle, Sarkozy et Giscard, Macron est chanoine du Latran ce qui lui donne le droit d’entrer à dos de cheval dans la cathédrale du Latran.

Macron fut invité à la Conférence des Evêques de France le 9 avril 2018 qui se tenait au collège parisien des Bernardins. « Jésus aurait dit aux chrétiens qu’ils étaient le sel de la terre » (cf. Figaro 11.04.2018 – J.M. Guénois) et Macron a suggéré que les catholiques peuvent être « le sel de la République ».

A part le fait que du temps du « Jésus biblique » il n’y avait pas encore de chrétiens, Macron veut réconcilier les catholiques avec une France souffrant d’une laïcité crispée. En s’adressant de cette façon aux catholiques, il en fait une élite avec un mandat spécial.

Pourquoi s’en inquiéter ?

Le chanoine du Latran à la tête de la République laïque est la meilleure preuve que la laïcité n’est plus qu’un paravent politicien. Il va de soi que ce chanoine était prédestiné à recevoir le prix « Charlemagne » où il est en « bonne compagnie ».

Voilà chose faite !

Edouard Kutten

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