Lieserbréif vum Alain SibenalerQuo vadis Sri Lanka?

En décembre 2014 j’effectua une visite de courtoisie auprès de notre Premier Ministre pour lui faire part de mon expérience professionnelle au Sri Lanka. Je dirigeais à l’époque nos équipes à Colombo et aux Maldives; deux pays de l’Océan Indien à façade bucolique et dont les positions géostratégiques sont convoitées par l’Inde et par la Chine. Je faisais part au Premier Ministre des préoccupations des Nations Unies par rapport à l’érosion rapide des droits de l’homme, par rapport au déclin des libertés (surtout des femmes) et par rapport au degré de corruption et d’isolement des deux pays.

Au Sri Lanka, le gouvernement du Président de l’époque, M. Mahinda Rajapaksha était accusé d’avoir massacré 40,000 civils tamouls dans les dernières semaines de la sanglante guerre civile entre le Gouvernement central sri-lankais et le LTTE, les Tigres de Libération du Tamil Eelam. M. Rajapaksha refusa catégoriquement toute coopération avec la Communauté Internationale pour faire la lumière sur cet affreux traumatisme. Un tel geste aurait été capital pour réconcilier le pays et pour jeter les bases d’une paix durable entre les communautés cinghalaise, tamoule et musulmane du Sri Lanka. Un mécanisme interne de dialogue national, de justice transitionnelle et « de pardon » auraient rendu un sens de dignité et de gestion de traumatisme aux milliers de familles dont les proches avaient péris ou simplement disparus sans trace. Aux Nations Unies, nous fûmes à notre tour victimes de multiples mesures vexatoires comme le refus de visa de séjour pour nos familles ou le refus de plaques d’immatriculation afin de nous rendre la vie difficile.

Le Premier Ministre M. Bettel me demanda alors : « Mais pourquoi est-ce que les Nations Unies restent dans ce pays ? »

La réponse évidente aurait été : et si on n’y était pas ? Avec recul je peux affirmer que, malgré la situation décrite ci dessus et avec une infime miette de fonds, nous réussissions à dynamiser la jeunesse en entrepreneurs du changement social et en les responsabilisant d’instituer des dialogues sociaux et de paix à travers le pays. Comme le Sri Lanka est un pays à vieillissement démographique rapide, nous créions les « Dialogues de génération à génération » ainsi que des méthodes innovatrices utilisant les technologies d’information pour influer le cycle d’élaboration des politiques sociales.

Lors d’une élection présidentielle anticipée en 2015, que M. Rajapaksha appela sur conseil de son astrologue personnel, l’ancien Ministre de la Santé ayant fait défection, M. Maithripala Sirisena remporta de façon inattendue mais néanmoins démocratique et transparente le scrutin et devint dès lors le nouveau Chef de l’Etat. Une de premières décisions de M. Sirisena fut de ré-intégrer le Sri Lanka dans le giron de la Communauté internationale en s’aventurant dans un délicat processus de réconciliation nationale. S’ensuivent alors des élections législatives qui ré-instaurèrent et consolidèrent le poste et les fonctions de Premier Ministre comme chef du Gouvernement. Ce poste fut occupé avec courage lucide par M. Ranil Wickremesinghe qui présidait un gouvernement d’unité nationale. Inutile de mentionner à quel point le Sri Lanka fut du coup redynamisé, galvanisé et rassuré en interne et accueilli avec respect et fierté dans la Communauté Internationale.

Le 26 octobre 2018, le Président Sirisena limogea à l’improviste le Premier Ministre M. Wickremesinghe – sous prétexte de différends en matière de politique économique. Nonobstant la bavure constitutionnelle criante et sans consultation avec le Parlement, Sirisena installa son rival d’avant, l’Ancien Président Rajapaksha comme le nouveau Premier Ministre. Depuis lors le Sri Lanka sombre dans une crise politique profonde. La crise a culminé la semaine dernière avec la dissolution du Parlement et après avoir suspendu l’organe législatif pendant des semaines.

Cette histoire tragique témoignant du plus grand mépris des valeurs démocratiques, et qui fait preuve d’un scandaleux retour en arrière, a une triste analogie avec mon expérience professionnelle vécue au Sri Lanka. Dans la dernière année de mon séjour, un groupuscule de la majorité ethnique de notre bureau lança une campagne anonyme et diffamatoire contre moi. Avec des mensonges inventés, on m’accusa d’avoir reconnu et d’avoir protégé le talent prometteur d’une collègue de la minorité musulmane sri-lankaise. La bureaucratie onusienne, au lieu de me protéger et de souscrire au principe du respect des minorités, se met alors du côté des lâches anonymes et finira par me condamner avec des mesures disciplinaires les plus dures.

Pourquoi rester alors et continuer à travailler dans ce genre de tréfonds organisationnels absurdes? La réponse est ancrée dans mes convictions personnelles les plus profondes : le respect des droits de l’homme et des valeurs démocratiques qui garantissent la dignité humaine – et de surcroit celle des minorités - ont des fois des prix très lourds à payer. Notre époque contemporaine prouve malheureusement que l’individu courageux, l’organisation ou le mouvement qui protègent les minorités, qui dénoncent la corruption au nom du « politiquement correct », deviennent de plus en plus rares. Il appartient à la communauté internationale de faire son examen de conscience et de tirer les leçons des événements récents au Sri Lanka.

Alain Sibenaler

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