POST NewsPOST Luxembourg - Loscht an Iwwerliewen

Un ambitieux programme stratégique vise un repositionnement des trois métiers historiques du groupe

PAR CLAUDE STRASSER

Au cours des derniers mois, plusieurs changements concernant le Groupe POST Luxembourg ont suscité un débat politique et public animé. Sans vouloir porter un jugement sur le fond de ces commentaires et réactions, il me paraît utile et nécessaire de situer le contexte dans lequel ces décisions ont été prises.

Depuis des années le Groupe POST Luxembourg est confronté à une profonde transformation de ses trois métiers :

• le métier postal qui subit les effets de la digitalisation ce qui se traduit par une perte continue et irréversible des volumes de courrier, pertes qui ne sont que partiellement compensées par l’essor de l’activité «colis»,

• le métier des services financiers, le CCP, dont l’attractivité commerciale est réduite par la banalisation des services de paiement en ligne et dont la rentabilité financière souffre des taux d’intérêts historiquement bas, et

• le métier des télécommunications extrêmement concurrentiel, marqué par la rapidité des évolutions technologiques et la convergence avec le monde de l’informatique pour devenir le secteur des TIC (Technologies de l’information et de la communication).

Conscient de ces évolutions, le Groupe a pratiqué depuis des années une politique d'expansion et de diversification de ses activités. En parallèle, un ambitieux programme d'investissement a été lancé (construction du Centre de tri à Bettembourg, construction de data centres, déploiement de réseaux de fibre optique au niveau national et international, ...) devant préparer l'entreprise et le pays à la nouvelle ère digitale.

En 2012/2013, les responsables de l’entreprise se sont mis à réévaluer le positionnement stratégique de chacun de ses trois métiers. Cette analyse a mis en évidence des défis et menaces qui sont de nature à remettre en cause la pérennité du Groupe... des défis stratégiques, des défis opérationnels mais aussi – et surtout – des défis de rentabilité financière.

En effet, la transformation digitale rend obsolète le modèle classique des opérateurs télécom et les oblige à monter dans la chaîne de valeur pour s’orienter vers les services intégrés à haute valeur ajoutée pour le client (cloud services, managed services, etc.). Cette mutation profonde du secteur des télécommunications requiert des investissements importants en capital humain et dans les nouvelles technologies, des dépenses difficiles à valoriser sur la base d’une clientèle limitée au territoire national.

La nouvelle situation concurrentielle est un autre élément d’importance. Celle-ci est induite par la libéralisation complète des marchés sur lesquels intervient POST Luxembourg, mais aussi par l’avènement de nouveaux acteurs globaux (Amazon, ebay, Google…) dont les modèles d’affaires remettent en cause le fonctionnement même des marchés de télécommunication et du e-commerce.

Toujours dans le même cadre, il y a lieu de mentionner des phénomènes de consolidation qui impliquent l’apparition de grands groupes internationaux disposant d’une «force de frappe» financière et commerciale bien supérieure à celle d’un groupe comme POST Luxembourg.

Enfin, l’environnement réglementaire est peu favorable aux opérateurs de petite taille d’autant plus s’ils sont considérés par le régulateur comme ayant une position dominante sur leur marché national.

Nonobstant cette situation, POST Luxembourg continue à assumer un rôle social particulier en prestant des services d’utilité publique, rémunérés ou non tels que le service universel dans le domaine postal, le droit au compte ou encore la distribution nocturne de journaux.

Les projections financières réalisées dans le cadre de l’étude stratégique de 2012/2013 ont mis en évidence que les résultats étaient inévitablement à la baisse à court et moyen termes. Le recul du chiffre d'affaires dans des marchés aux marges traditionnellement élevées (courrier, téléphonie fixe, taux d'intérêts), l'abolition progressive du roaming, une structure des coûts peu flexible au niveau des frais de personnel et des plateformes informatiques ainsi qu’une forte croissance des amortissements suite aux vastes programmes d'investissements pèsent lourdement sur les résultats.

Malgré ce contexte difficile, POST Luxembourg n‘est pas sans armes ou ressources. A commencer par une équipe de collaborateurs motivés et très compétents, aptes à relever les défis qui se présentent.

L’analyse stratégique a permis de déceler des opportunités pour POST Luxembourg à condition de bien valoriser ses atouts dont la notoriété de l’entreprise sur le marché luxembourgeois, son expertise quasiment universelle dans le domaine des télécommunications, mais aussi – et là n’est pas son moindre avantage – la souplesse et la faculté d’adaptation d’un acteur de taille réduite.

C’est ainsi que POST Luxembourg a décidé de lancer un ambitieux programme stratégique permettant à l’entreprise de pérenniser ses activités tout en essayant de rétablir sa rentabilité sur le long terme.

Ce projet d’entreprise, auquel sont étroitement liés les collaborateurs de POST Luxembourg, vise un repositionnement des trois métiers historiques: l'évolution d'un opérateur télécom vers un acteur universel dans le domaine des TIC, la transformation d'un opérateur postal vers un acteur de la logistique et le développement d'un nouveau modèle économique pour le CCP, en partenariat avec une banque. La tâche est énorme et la liste des chantiers à aborder est longue, mais les premiers signes sont encourageants. L’entreprise a réussi à retrouver le chemin de la croissance sans pour autant redresser la tendance à la baisse de la rentabilité financière.

A la lumière de ce qui précède, les récentes annonces et décisions, tant commentées, ne sont que quelques-uns des leviers que POST Luxembourg a besoin de mettre en œuvre pour préparer son avenir.

Soyons clair! La préparation de l’avenir de l’entreprise ne peut se faire sans consentir des efforts importants. Et le chemin emprunté est sans alternatives: POST Luxembourg doit impérativement s’orienter vers des marchés encore porteurs afin de pouvoir garantir la pérennité de l’entreprise et de ses différentes missions.