On ne peut pas nier que de temps en temps même les journalistes se posent la question sur la liberté de presse. En théorie tout est clair : « Niemand darf einem Journalisten oder einer Journalistin sagen, was er oder sie schreiben oder sagen soll » (cf. Tageblatt, 03.11.2018, page 12).

Or, la réalité est autre, car ce « niemand » a un nom et une identité ! Hier comme aujourd’hui, les journalistes, même les plus idéalistes, sont pris en étau vu qu’ils ont un « patron » qui, à son tour, est financièrement dépendant de pressions politiques et financières, voire d’actionnaires dont il faut satisfaire les intérêts d’ordre financier avant tout. La liberté de presse n’est plus prioritaire dans ce contexte. La philosophie idéologique du « patron » fait loi !

Pour les journalistes il faut respecter les règles du jeu, mais les observant, ils s’imposent une autocensure. Le politique et le journalisme libre sont incompatibles. De nos jours on appelle ce jeu à cache-cache où il faut savoir manipuler la prudence verbale le « politiquement correct ».

D. Schneidermann, ancien journaliste et écrivain, a choqué en écrivant dans son livre « Liberté d’expression » : « A Berlin, en 1933, les journalistes papotaient avec le diable ». En 1933, Edgar Ansel Mowrer, de nationalité américaine et président de la presse étrangère à Berlin, fut expulsé de l’Allemagne nazie. Il ne reçut aucun appui de la part de l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique, au contraire, l’ambassadeur lui disait qu’il fallait partir.

En effet, Hitler n’était pas le grand danger pour les Etats-Unis d’Amérique et maints pays d’Europe, au contraire, le nazisme remettait de l’ordre et faisait barrage au communisme stalinien. La couverture de l’hitlérisme fut une honte journalistique (cf. D. Schneidermann). Personne d’ailleurs n’a osé profiter des largesses attribuées par le règne nazi pendant les 15 jours des Jeux Olympiques en 1936. Dans toute la production médiatique de l’été 1936 il n’y eut aucun article sur les persécutions antisémites.

Cet aveuglement, aussi bien individuel que collectif, s’est répété lors de la guerre d’Algérie, dans le contexte des tortures exercées par les troupes françaises, plus tard pendant la guerre du Vietnam concernant l’emploi d’armes chimiques (orange agent) par les troupes américaines.

Aujourd’hui, vu la globalisation sous contrôle des mass-médias, il faut parfois se poser la question si cela se résume pour le consommateur à avoir « droit » à une information teintée et gommée ou à pas d’information du tout.

Maigre choix !

Edouard Kutten