Cela fait 5 ans que ce procès idiot, kafkaïen, fou, a démarré devant un tribunal pourtant bien déterminé à faire jaillir la lumière des ténèbres, soigneusement entretenues depuis les années 80 – les années folles où le Luxembourg a connu une série d’attentats imputés à la légère, à la brigade mobile sans aucune recherche sérieuse sur les vrais mobiles et sur les organisateurs et décideurs de cette énorme chienlit. On voulait en finir avec une dizaine d’audiences au terme desquelles deux « lampistes » auraient été sacrifiés sur l’autel de la félonie nationale, on aurait remballé et c’en eût été fini d’un procès pénible et dangereux pour la foi dans la puissance publique.

Le tribunal ne s’est pas laissé faire et a instruit on ne peut mieux un dossier tout à fait incomplet, qu’une Chambre du Conseil lui avait refilé comme suffisamment mûr pour les débats au fond.

Il n’en était rien.

Une scandaleuse décision, car le tribunal a mis 177 audiences pour instruire ce qui ne l’avait pas été et à la fin de la 177ème audience, le dossier fut renvoyé au cabinet d’instruction.

Bravissimo.

Depuis lors il y somnole, et les deux « lampistes » restent avec leur famille sur le gril, une torture que je ne souhaiterais pas à mes pires ennemis, sauf à ceux qui n’ont toujours pas compris et qui continuent à laisser les choses mijoter à petit feu, comme si de rien n’était, tout en évoquant avec une bouche savoureuse les droits de l’homme.

*

On n’est toujours pas au bout de nos peines.

À travers toute cette énorme fourberie, on peut suivre un fil rouge qui n’en disparaitra plus jamais.

Il y a été posé par le juge d’instruction Klein, connu pour être un des meilleurs magistrats, d’une atroce sévérité, mais d’une grande justice et d’une parfaite compétence, et qui était en charge de l’affaire dans les années de plomb.

Il a dit et répété à l’audience, sous la foi du serment, avec une franchise et un aplomb qui donnaient la chair de poule:

« Et ass eng Staatsaffäre de nët dërf opgeklärt gin ».

Celle qui était en charge du dossier avant la décision inqualifiable du renvoi, et pour qui les soupçons de Stay Behind, Gladio, n’étaient que des affabulations, préside depuis quelques temps le SREL qui, quoi qu’elle puisse en penser, est et restera profondément ancré dans le dossier qu’elle avait pour mission d’examiner avec objectivité, sans préjugé aucun, tous azimuts.

Une autre anomalie que je n’ai cessé de dénoncer.

Qui étaient les décideurs de cette monstruosité couverte du voile épais de l’OMERTA ?

Qu’en savait le gouvernement au moment où tous ces épisodes de haute criminalité et totalement énigmatiques, que strictement rien ne laissait prévoir au Grand-Duché de Luxembourg, toujours calme et serein, avaient subitement lieu et ébranlaient l’opinion public en jetant l’effroi dans le pays?

Je suis persuadé que le dernier idiot du village aura compris que les deux boucs-émissaires, à supposer qu’ils aient joué un rôle quelconque dans cette affaire merdique (quod non), n’auraient pas agi par frivolité, mais comme exécuteurs d’une mission cogitée et préparée en très haut lieu – voire au niveau le plus élevé de l’Etat qui frappait d’ailleurs par son calme relatif quand les premiers coups de boutoir furent assénés.

Sur l’ordre de qui ?

Qui a voulu cela ?

Qui a décidé cela ?

Qui expliquera que l’Armée, pourtant curieusement présente dans les préparatifs de l’attentat de Beidweiler (rappelons-nous du cow-boy Bruck), n’a jamais été perquisitionnée ?

Un oubli à bon escient ?

Qui va enfin ouvrir les archives pour apprendre au pays la vérité sur ces scandaleux attentats qui rappellent ceux organisés par l’OTAN un peu partout en Europe sur ordre des Yankees. (Voire les révélations de cette ordure cléricale et papiste d’Andreotti, à qui un Juge d’instruction hardi (il y en a) avait forcé la main en l’obligeant à ouvrir sa gueule de bois pour avouer l’inavouable.

*

En attendant le procès continue contre les boucs-émissaires qui rejettent toute responsabilité personnelle – qui n’ont jamais fait rien d’autre que de protester contre une accusation insensée et les salauds qui ont cogité et organisé le crime continuant à se réjouir d’une impunité qui se fait de plus en plus dégueulasse et provoquera, si elle ne l’a pas déjà fait, la ruine de la justice.

C’est ça l’enjeu d’un procès où l’OMERTA règne en maître absolu – Hypocrisie, mensonge, lâcheté, voilà les trois piliers d’une affaire où on voit un Etat, qui a tout à se faire reprocher, faire la manche et réclamer des sous aux boucs-émissaires, sachant mieux que quiconque qu’ils sont innocents

« Quand la justice n’est pas justice, l’injustice est exacte. »

 

Pierre Dac

Gaston VOGEL