Étonnante, éberluante, absurde loi que la Pologne vient de se donner sur les juifs. Interdit désormais de soupçonner la Pologne d’antisémitisme et de complicité dans la Shoa. – Sinon la prison.

Une loi totalement idiote, comme il y en a tant par les temps sahariens qui sont les nôtres.

Une loi n’efface en effet jamais l’histoire. Et ne peut jamais atténuer ce qui s’est fait.

FACTA INFECTA FIERI NON POSSUNT.

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L’anthropologue Joanna Tokarska-Bakir, confirme au terme d’une enquête qu’elle menait dans les années 2005 et 2006, que l’antisémitisme reste virulent en Pologne.

Les Polonais croient toujours que les Juifs tuent et torturent les enfants chrétiens, pour mêler leur sang au pain azyme.

Les opinions de la population locale se reflètent dans la langue.

L’auteur confirme qu’elle a partout retrouvé des sentiments antijuifs relativement forts, se manifestant dans la figure des suceurs de sang, tantôt ramené à la forme religieuse (assassin – démoralisation de la jeunesse), tantôt nationaliste (communistes juifs et traitres à la Pologne), tantôt gauchiste (celui qui exploite les plus démunis).

L’auteur rappelle la fièvre des pogroms qui a ravagé la Pologne dans l’immédiat après-guerre contre les survivants juifs de retour d’exil ou de déportation.

Ainsi la disparition d’un jeune garçon en 1946 avait déclenché à Kielce, le massacre de plusieurs dizaine de réfugiés juifs (voir Le Monde 08.05.2015 page 16).

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Et que dire si on apprend qu’en octobre 1984, les carmélites installèrent à Auschwitz un couvent sur le lieu où les bourreaux nazis avaient stocké les gaz meurtriers et les restes monnayables de leurs victimes, tels que vêtements, chaussures, etc.

La bonne sœur, fondatrice de ce cloître, sommée de mettre un terme au sacrilège, affirma que « les sœurs ne quitteraient pas cet endroit et qu’elles n’avaient guère de leçon à recevoir des juifs, qui, disait-elle, ne sont pas intéressés par Auschwitz, qui n’y ont pas édifié de monument et qui n’y sont pas morts.

Il fallait attendre encore cinq longues années avant de voir enfin s’esquisser une solution définitive.

Il importe de rappeler les divers avatars, tous sous le signe de l’hypocrisie catholique.

L’Eglise polonaise, après avoir signé un accord avec la communauté juive sur le démantèlement du couvent, reniait longtemps ses engagements, sous de vains et fallacieux prétextes.

Le Pape Jean-Paul II ne s’en émut pas outre-mesure.

Au moment où l’opinion publique internationale commençait à s’intéresser au scandale, le Vicaire du Christ donnait dans la légendaire duplicité catholique.

D’un côté il condamnait l’antisémitisme, d’un autre côté, il évoquait dans ses homélies « l’infidélité du peuple d’Israël et la « péremption de l’Alliance passée avec lui par l’Eternel ».

Et au moment même où Woityla se perdait dans de telles ambiguïtés, le cardinal Glemp exhuma à l’occasion de la célébration de la fête de Notre-Dame de Czestschowa le 26.08.1989 les clichés antisémites d’un autre âge à savoir « ai hautain du peuple juif » - « médias à la disposition des juifs » - « antipolonisme ».

Le pape ne protestera pas.

Ce ne sera que le 01.04.1993 que sous la pression de l’opinion internationale qu’il ordonna enfin le transfert du Couvent litigieux.

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Dans son introduction au livre « les dingues du non-sens », Robert Benayoun écrit :

«L’absurde comme Zorro est enfin arrivé, là où on l’attendait.

Le voilà installé, incrusté dans les mœurs, où il est entré sur la pointe des pieds.

Il a droit de cité, il n’y a même plus que lui qui fasse sens.

On assiste aujourd’hui à sa démocratisation, à son  institutionnalisation…

On ne comprend plus rien à rien. » 

29 janvier 2018.

Gaston VOGEL