Comment évaluer ou justifier l’efficacité d’une politique de coopération au développement et ses importants moyens qui visent à améliorer les vies de millions de personnes ? J’aimerais ici proposer la notion d’accélérateurs. Ce sont un(e) ou plusieurs mesures ou aspects thématiques que je considère comme critiques pour accroitre l’impact qualitatif des interventions de développement dans leur ensemble. Lorsque ces aspects sont compris, intégrés et pleinement pris en compte– de façon programmatique et politique - une politique de coopération au développement devient plus efficace et plus efficiente.

1.     Fournir un paquet intégré de droits fondamentaux aux filles et aux femmes.  Ces droits sont à mettre au cœur des éléments suivants : droit d’être à l’école et de finir ses études, droit d’être éduquée sur sa sexualité, droit de la reproduction en ayant le choix de choisir une grossesse ou non et d’avoir accès à la planification familiale, droit à une maternité sans risques et droit de vivre sans violence, sans discrimination et sans pratiques néfastes. L’histoire a démontré qu’investir dans ces droits promeut l’égalité des genres et des chances et ce qui à son tour accélère la richesse des ménages et la croissance économique.

2.     Etablir un lien entre dividende démographique, dividende digital et dividende de la paix. Lorsqu’un pays présente une structure démographique jeune - tant en nombre absolu qu’en pourcentage – il faut investir dans cette jeunesse. Il importe d’investir dans tout ce qui provoque l’innovation au service du changement social : entrepreneuriat social, laboratoires d’incubation et autres approches qui permettent aux jeunes d’utiliser les technologies d’information et de communication pour trouver des solutions aux problèmes qui les concernent. Dans les pays en crise – ou qui en sortent – la jeunesse peut agir comme messagers de paix en s’associant la population vieillissante à travers des dialogues intra-générationnels.

3.     La réponse humanitaire doit être le début de toute une chaine d’interventions qui vise la paix et la sécurité tout en passant par le développement. De la planification à l’exécution, la réponse humanitaire ne peut être conçue, ni mise en œuvre en isolement d’une approche véritablement intégrée sur le long terme. La préparation aux urgences et les droits de l’homme sont deux piliers fondamentaux d’une telle logique d’action.

4.     Véritable appropriation communautaire des défis et des solutions et non communautarisme aux bonnes intentions. Nonobstant toutes les intentions bienveillantes de maintes organisations non-gouvernementales, il est délicat de concevoir un mécanisme de consultations et de réflexions, entièrement géré et dirigé par la communauté de la population bénéficiaire. De telles considérations passent souvent par les leaders de clan, les autorités religieuses ou les chefs traditionnels et … sont contraires aux systèmes de valeurs occidentaux. D’où la nécessité d’agir dans une optique longue, avec patience, respect et compréhension.

5.     Gouvernance solidaire et décentralisée. Lorsque un pays est sous le joug d’une gouvernance douteuse ou que son administration croule sous un poids bureaucratique excessif et inefficace, agissons au niveau décentralisé. Il faut dès lors orchestrer les motivations et les énergies de ces fonctionnaires proches des citoyens en les rapprochant davantage des priorités des communautés et selon la logique décrite ci-dessus. L’objectif ici est de mobiliser les financements locaux – maigrichons fussent-ils – en réponse à ces priorités pour engendrer une dynamique de confiance mutuelle et d’appropriation à la base.

6.     Production et utilisation de données au delà des statistiques pour analyser et pour comprendre quelles parties de la populations sont plus vulnérables que d’autres par rapports aux changements climatiques, aux conflits et par rapport aux multiples dimensions de la pauvreté. En deçà des statistiques nationales et des études techniques, il est important d’inclure toutes les sources d’information, y compris « les voix du peuple » (blogs, histoires à intérêt humain) dans une analyse qui, quant à elle vise à renforcer la capacité de résister aux chocs.

7.     Intégrer les variables et dynamiques démographiques dans la planification et dans la budgétisation tant qu’au niveau national qu‘au niveau décentralisé. Ceci impose une bonne maitrise et une sage reconnaissance des dynamiques démographiques (croissance, natalité, mortalité, flux migratoires etc.) dans les visions politiques et dans toutes les stratégies de planification.

Ces accélérateurs se renforcent mutuellement et déclenchent une spirale positive de croissance économique et de cohésion sociale. Lorsque les décideurs et les acteurs intègrent de façon systémique et systématique ces aspects, les impacts pour les personnes bénéficiaires seront plus durables et les populations sortiront plus vite de la pauvreté.

Alain Sibenaler