Lorsque le 11 juin 1965 le Général De Gaulle fut reçu par le chancelier allemand K. Adenauer, on parla d’un grand évènement politique. Or Adenauer, ancien membre du NSDAP, et De Gaulle, le preux chevalier de la liberté, ne se rencontraient pas pour de pures raisons politiques. Ils se prêtaient à ce jeu poussés par les représentants des grandes firmes qui avaient toutes réussi à tirer leur épingle du jeu pendant la guerre. Une coopération collaboratrice avait fonctionné à merveille pendant les années 1940-44 en France. Pourquoi ne pas entamer alors un grand projet au niveau européen.

4 ans plus tard on avait réussi à financer le projet Airbus, appelé « l’enfant de l’Europe », alors que celle-ci n’existait même pas encore. Ce ne fut pas un hasard si le capital d’Airbus fut constitué avant tout de capital français (37,5 % Aérospatial France), de capital allemand (37,5 % MBB) et de capital espagnol (5 % CASA) (cf. Figaro-éco 29.05.2019). Cette participation espagnole ne doit pas étonner sachant qu’en 1970 Franco, le fasciste, dirigeait toujours d’une main de fer l’Espagne. Et il profita de cette bienveillance à son égard car il valait mieux un Caudillo en Espagne qu’un front populaire.

Les Anglais, risquant l’isolation, finissaient par participer avec 20 % (BAE Systems).

Fr. J. Strauss, ministre CSU sous Adenauer, devint comme par « hasard » en 1970 le premier président du conseil du GIE-Airbus. Strauss fut plus tard mêlé à l’affaire sulfureuse d’achats de Starfighters par l’armée allemande.

Bref, le pragmatisme politique, qui à l’époque comme aujourd’hui souffre d’amnésie commanditée si les intérêts économiques sont en jeu, a rendu la création du GIE-Airbus possible.

Par-là on avait aussi indirectement entrouvert la porte aux constructeurs allemands d’armes.  Officiellement l’Allemagne n’exporte pas d’armes, ni de munitions, mais cela n’empêche pas les fabricants d’armes allemands de contourner ce « blocus » en faisant produire des munitions par exemple en Arabie Saoudite via leurs filiales sud-africaines (cf. Libération 28.02.2019).

Néanmoins, la propagande veut qu’Airbus continue à être « l’enfant de l’Europe ». Et pour cause … !

Edouard Kutten