La meilleure façon de parler d'un sujet tabou est d'oser le vivre afin de tenter de le démystifier. Mario Scolas (coach de vie-Mexique)

En Indonésie, le pays Toraja est réputé pour ses cérémonies funéraires et la présence ritualisée de la mort dans la vie quotidienne. La plupart des Torajas (les "gens d’en-haut") vivent dans une région montagneuse située au sud de Sulawesi, l’une des principales îles de l’archipel indonésien. Ils seraient près d’un demi-million à vivre dans cette zone. Nichées dans le roc, des effigies, des figures mortuaires en bois veillent en permanence sur les villages. Une fois par an, les Torajas associent dans une fête spectaculaire le monde des morts à celui des vivants.

Exhumer les morts, nettoyer leurs corps, changer leurs habits, puis les enterrer à nouveau : ce rituel – appelé Ma’nene – est organisé chaque année par le peuple des Torajas sur cette île indonésienne de Sulawesi. L’objectif: montrer aux défunts qu’ils les aiment et les respectent et encore pour obtenir ainsi une bonne récolte de riz l’année suivante. C’est pourquoi ce rituel a toujours lieu en août – après la moisson et avant la plantation – même si les familles sont libres de l’organiser aux dates qu’elles veulent. Ils se comportent avec les défunts comme s’ils étaient encore en vie. La majorité des Indonésiens n’appartenant pas à ce peuple trouvent ce rituel – citation d’un Toraja -  « à la fois effrayant et spectaculaire, un peu exotique, mais en aucun cas dégoûtant ». Les Torajas observent et soignent leur rituels funéraires, même si le rapport qu’ils ont avec la mort et les défunts est bel et bien à l’extrême, leur pratique  nous offre une manière de prendre du recul sur la manière de vivre un deuil.

Épicure l’a écrit : “Lorsque nous existons, la mort n’est pas là, et lorsque la mort est là, nous n’existons pas.” C’est pur et simple, ceci  pour nous aider à gérer notre peur de la mort –   une position personnelle de l’ humble auteur qui s’adresse au public par cet écrit, bien entendu.  Le monde moderne ignore la mort, n’en parle plus. La place accordée à la « mort sociale », à cette inscription de la mort dans nos sociétés, disparaît de plus en plus. Jusqu’au milieu du XXe siècle, la mort faisait partie de la vie, elle se passait au domicile, on la regardait en face. On avait donc une certaine culture de la mort, elle était présente. Mais avec les extraordinaires progrès de la médecine, et l’invention de la réanimation, on a cessé de mourir chez soi. « Pendant mille ans, l’homme, sentant la mort venir, comme le dit la Fable de La Fontaine ou la Chanson de Roland, convoquait son entourage pour faire oeuvre de transmission matérielle et spirituelle. Ces temps du mourant, du rituel et du deuil ont effectivement disparu. Nous assistons, aujourd’hui, à la phase ultime de cette disparition sociale » , comme le dit Damien Le Guay dans ses « Etudes sur la mort », un document fort intéressant à ce sujet. La grammaire funéraire s’est perdue, la langue mortuaire nous est devenue étrangère. La mort est là, mais nous ne savons plus lui parler, plus en parler et encore moins l’apprivoiser, la rendre docile, en fait simplement ….l’accepter. Nous n’avons plus les mots, les gestes, les attitudes. La mort n’est pas seulement interdite, elle est devenue une langue morte, oubliée, disparue. Faute de mieux, un silence d’incompréhension s’est installé. Désormais, les gens ne meurent plus ; ils disparaissent. Et nous voulons que toutes les procédures inévitables se passent vite et sans grandes discussions – la mort est un trouble-fête absolu! La mort dérange! En quelques semaines, un voisin, un ami, un parent est retiré de la communauté des vivants. Et aussitôt un mur de silence entoure son souvenir et sa famille. Certes, les familiers peuvent en parler entre eux, dans l’intimité, mais il ne faut pas en parler ailleurs. Le disparu n’est plus. Il n’a plus sa place dans la communauté des vivants. Il est parti, n’existe plus , il est …mort !

Examinons notre propre attitude, notre position au sujet de la mort, et encore nos rites, nos cérémonies  – religieuses ou laïques, athées.

La mort, la fin de vie, un sujet tabou dans nos sociétés digitales modernes, un monde de plus en plus froid, impersonnel et égoïste….

Tout le monde va mourir, alors pourquoi ne pas s’y préparer? Il faut en parler! La mort est naturelle, tout le monde y passera.

Les tombes torajas veulent faire passer un message, leur message….

A nous d’en tirer nos conclusions !

 

Frank Bertemes