J’ai lu le texte que Nadine Gautier a consacré aux récents événements dans le cruel dossier Dutroux.

Vous avez mille fois raison de témoigner votre dégoût et votre colère. Le Luxembourg a connu dans les années 80 et 2000, 2 affaires criminelles d’une gravité exceptionnelle, perpétrées successivement par une seule et même personne.

La première le 07.06.1983 et la seconde le 24.02.2004 - la pire des deux, commise après que le personnage était, suite à une appréciation bienveillante et inqualifiable du S.C.A.S., mis en congé pénal.

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Voici les épisodes de ce scandale qui n’aurait pas eu lieu, si le législateur avait introduit dans le Code pénal, l’incompressibilité à 30 ans d’une peine prononcée à perpétuité.

Il faudra constamment rappeler ce dossier plein d’enseignements de toutes sortes.

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Le 7 juin 1983, il tue à la hache un professeur de mathématiques.

Le 18 mars 1986, il est condamné à dix-huit ans de travaux forcés. Peu pour une telle horreur.

L’expert psychiatre lui avait pourtant prédit un sombre avenir. Il n’est pas amendable, avait-il précisé à la barre de la Cour d’Assises.

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Le 2 juin 1987, il bénéficie déjà d’une réduction de peine de deux ans.

Le 16 juin 1991, il quitte Schrassig et va planter des choux à Givenich.

A partir de décembre 1991, il sera régulièrement en congé pénitentiaire.

La semi-liberté lui sera accordée dès septembre 1993.

Le 1er août 1995, il bénéficie d’une liberté conditionnelle.

Il n’a suivi à aucun moment un quelconque traitement thérapeutique.

Le 13 juillet 1998, le Service Central d’Assistance Sociale (S.C.A.S.) intervient auprès du Délégué du Procureur Général pour obtenir en sa faveur une réduction du délai prévu à l’article 100 du Code pénal.

Le S.C.A.S. écrit : « L’intéressé donne entière satisfaction ..., il a somme toute fait pas mal de progrès durant les dix ans où il fut suivi par son agent de probation.

A notre avis, l’évolution de l’intéressé est excellente. »

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Une fois en liberté il excellera dans la récidive.

Une première affaire éclate le 1er février 2001. Il blesse grièvement une jeune femme. Dans un premier temps, l’affaire fut classée sans suites pour cause de doute. C’était le 16 août 2004.

Le 9 octobre 2006, l’Ombudsman s’adressa au Procureur d’Etat pour l’informer de son "incompréhension" totale de la décision de classement.

Le même jour, le Parquet reprend le dossier en mains. Il faudra attendre jusqu’en 2008 pour voir un tribunal correctionnel le condamner à trois ans de détention.

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Une affaire similaire se passera le 17 juillet 2001.

Ce n’est qu’un hasard heureux qui a permis à la victime menacée par M. d’un couteau de boucher de s’échapper à temps. Faute de corps, il allait lacérer le canapé. L’affaire paraît devant le tribunal correctionnel.

Verdict : trois mois de prison avec sursis au motif "qu’il ne semble pas indigne de l’indulgence du tribunal."

 

Or, le sursis n’était rien d’autre qu’une aberration en présence d’un casier renseignant une peine de travaux forcés. La loi le prohibe tout simplement dans de telles circonstances.

 

Un impardonnable impair qui aurait dû connaître de sérieuses sanctions disciplinaires.

M., à qui le S.C.A.S. avait certifié une excellente évolution, tuait le 24 février 2004 une jeune femme en lui enfonçant à de multiples reprises un couteau dans la gorge et la poitrine.

Il la découpait ensuite à la scie dans une baignoire. On retrouvera les restes répartis en quatre sacs en plastique quelque part dans la forêt de Leudelange.

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Poussé par un reste d’humanité, M. téléphonait le 12 septembre 2006 au Commissariat, rue Glesener, et se dénonçait comme assassin.

Il eut au téléphone une policière qui le reçut froidement en lui faisant comprendre qu’il serait à la fausse adresse ; qu’il devrait s’adresser à la Section de Recherches, tout en précisant, à la façon d’une parfaite apparatchik, qu’il serait de toute manière 17 heures et que les bureaux ne recevraient plus ni plaintes, ni auto-dénonciations !

Le lendemain, 13 septembre 2006, M. encore sous le choc de cette inattendue réaction, se plantait à la Section de Recherches vers 9 heures.

Au lieu de lui mettre les menottes, on le priait d’aller boire un coup dans le bistrot du coin. On serait occupé sur un autre dossier.

M., ahuri, ne s’est pas enfui.

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Son excellente évolution allait finir dans la perpétuité.

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Parions qu’il sortira sous peu. Il se sera trouvé une fois de plus un probateur pour lui certifier une excellente évolution.

Qui sera alors sa troisième victime ?

C’est comme ça que vont des fois les choses en justice.

Et des fois, c’est à hurler de colère et à vomir.

Le 31.10.2019

Gaston VOGEL

Réponse à Regru (4 novembre 2019)

Avocat-Pénaliste est un métier très difficile.

Accepter ou refuser un mandat est au départ souvent un cas de conscience.

Comme vous me posez des questions insidieuses (cela fait partie des arguments ad hominem qui ont cours au forum), je vous réponds sans ambages, encore que je n’ai de compte à rendre à personne.

  1. Non ! je ne défendais et ne défendrai jamais des Dutroux ou des M.

Pour des salauds de ce genre, le Code pénal devrait prévoir en cas de perpétuité, une peine incompressible de  30 ans.

  1. L’avocat est libre dans le choix de ses mandats.
          Je n’ai jamais accepté des mandats qui m’auraient mis en difficulté avec moi-même.

  1. On dit que tout accusé a droit à une défense.
 
          Il faudrait nuancer cet axiome

La réponse n’est pas si simple.

Je ne la partage pas entièrement.

Le 04 novembre 2019.

Gaston VOGEL