... Pris en sa qualité de président de la commission juridique du parlement.

Je vous ai écouté commenter sur RTL le grave problème des fichiers judiciaires.

Vous l’avez fait d’une façon si légère qu’il faut supposer que la question ne touche que par la tangente le centre de vos intérêts.    C’est peu rassurant, car vous présidez au sein du Parlement une commission qui a charge de s’en occuper.

Il résulte de vos propos que les choses vont bon train et vous ajoutez la précision ahurissante que des réformes s’imposent dans l’intérêt de la Justice et de la Police.

Vous n’avez pas même mentionné le citoyen, alors que c’est lui qui est au premier titre concerné par les absurdités constituées in catimini par des commis tous titres et fonctions confondus et soigneusement dissimulées tant au monde politique qu’à la société tout court.

Puis-je vous rappeler que ce n’est que sur une intervention énergique du soussigné en mai 2019 que le pot aux roses fut découvert et se trouve depuis au centre d’une discussion politique souvent houleuse et pas encore apaisée.

D’où une toute première question :

1)     Vous présidez désormais la commission chargée de vous en occuper.

Vous avez reconnu que vous manquez de la compétence et de la formation pour le faire.

De quel œil critique voulez-vous alors lire ce que vous proposeront ceux-là mêmes qui sont à l’origine de la mise en place de ces impossibles fichiers secrets ?

Ce n’est pas rassurant pour "nos otros".

Démissionnez si le cœur et l’esprit n’y sont pas.

Restez logique avec vous-même et votre aveu d’incompétence.

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2)     Si je n’avais pas protesté en mai 2019 le merdier aurait continué.

Personne ne s’en serait occupé, car à la surprise générale, personne n’en savait que dalle.

C’est très inquiétant de voir la genèse d’un tel phénomène qui prend les allures d’une Police secrète au sein d’un État qui se dit démocratique.

C’est, disons-le sans ambages, la dictature des commis et cette dictature s’exerce sans aucun contrôle et ceux qui l’exercent sont pour partie inamovibles et non responsables.

Comment expliquez-vous la nonchalance des organes politiques – nonchalance – sinon laisser-aller, sinon incompétence, sinon pure bêtise ?

Vous ferez le choix judicieux de ces quatre options.

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3)     Seriez-vous d’accord que la Police constitue sur vous des rapports rédigés in catimini, gardés secrets, donc sans aucune information et partant sans accès.

Grave, car ces écrits pourraient pourtant contenir des suppositions sans fondement voire du pur "beschass" et resteraient néanmoins sans contradiction.

C’était le cas tragique du jeune homme qui avait posé sa candidature pour un poste au Parquet.

Soudain en pleine interview on lui sortait des trucs dont il n’avait plus le souvenir. – Aucun de ces rapports n’avait connu la moindre suite judiciaire.

C’est beau – n’est-ce pas ?

Où sommes-nous ? Nous, qui allons prêcher les droits de l’homme aux quatre coins du monde.

C’est tout simplement révoltant !

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4)     Que feriez-vous si vous appreniez qu’un jugement pénal, coulé en force de chose jugée et vous acquittant, resterait archivé envers et contre tout bon sens et surtout en violation d’un principe élémentaire qui vaut depuis la plus haute Antiquité à savoir :

"Roma locuta, causa finita".

Cette absurdité qui n’a connu à ce jour aucune attention continue à peser idiotement sur une multitude de personnes que la Justice avait pourtant totalement blanchies.

Il n’en est guère différent pour les non-lieux et les classements.

Qu’est-ce que ça fout dans un fichier ? C’est de l’erdoganisme !

Il est difficile, presque désespérant de constater que ces choses élémentarissimes doivent, avant de disparaître, passer par les palabres et discutaillements parlementaires.

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5)     Comment expliquer que les Ministres en charge de ce problème ont mis un retard inadmissible à reconnaître l’anomalie des fichiers secrets ?

Ils ont d’abord contesté, banalisé les faits, soutenu que les fichiers auraient bien sûr une base légale et qu’il n’y avait aucun souci, ... ont ensuite, au fur et à mesure que les coups de boutoir de MOSAR et ROTH les mettaient sous pression, opté pour des vérités successives – toujours un petit recul – pour finalement devoir reconnaître qu’au lieu des deux fichiers annoncés au départ, la Justice en connaît au moins 75 – et qu’il n’y avait aucune légalité à la base.

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Le citoyen compte sur votre engagement et votre honnêteté intellectuelle pour que ces abus soient traités sans ménagement et avec la dernière rigueur.

La démocratie est à ce prix.

Ces errements ne semblent pas avoir trop remué l’âme de BAUSCH qui, ayant dû reconnaître que les critiques émises contre le système étaient parfaitement fondées, s’en est tiré avec une boutade de mauvaise haleine :

"Dofir as mir awer nach keng Krôn aus dem Mond gefall".

Il est resté relaxe.

Espérons qu’il ne mangera pas trop dans les paumes que lui tendent les commis qui savent qu’il n’a qu’une fragile perception des choses.

Il en avait fait l’aveu à l’époque.

"Ech gesinn net duerch".

Gaston VOGEL