Le mot « solidarité », que les politiciens aiment employer en cas de crise et de catastrophe, que vaut-il en réalité ?

Une question à ne pas poser apparemment ! La pandémie du coronavirus en tout cas vient de révéler un caractère caché de cette solidarité. Parler de « solidarité sélective » serait  approprié.

En France, par exemple, certains propriétaires de résidences secondaires ont confondu à dessein confinement avec vacances. La population insulaire de Belle-Île-en-Mer en Bretagne fut ainsi submergée le 16 mars 2020 par le débarquement en masse de Parisiens. Bousculades, magasins « dévalisés » et bagarres s’en suivirent. Un comportement qui prouve que la mentalité d’arrogance de certains nantis privilégiés ne capitule pas devant une pandémie.

Les SDF, dont on ne parle pas dans les allocations ministérielles, par contre passent inaperçus. De toute façon, ils ne figurent pas sur la liste prioritaire des malades à soigner et à sauver. Cette sélection est faite en toute opacité.

Les inégalités d’accès aux soins existants dans bon nombre de pays ne disparaissent pas avec la pandémie, au contraire, elles s’agrandissent. La meilleure médecine devient « objet de luxe » si elle n’est pas accessible à tous.

Or tel est le cas ! Cela rappelle le Titanic où les meilleures embarcations de sauvetage étaient réservées aux nantis des cabines de luxe.

S’il y a pénurie de masques, de matériel médical, d’appareils respiratoires, etc. d’un côté, l’on doit constater que cela n’est pas dû à un problème de finances. Des milliards d’euros ont été libérés pour « aider » les entreprises dont la survie est la principale préoccupation de certains politiciens. Macron, par exemple, n’a pas hésité à exhorter les entreprises à poursuivre leur activité. Les salariés sont pris au piège, ils ne peuvent pas refuser de travailler.

La Banque Centrale Européenne (BCE) a mis 750 milliards d’euros sous forme d’un « plan d’urgence » à disposition, non pour combattre le coronavirus, mais pour soutenir l’économie. Les pays de l’Union européenne ne profiteront pas tous à titre d’égalité de cette « manne ». Christine Lagarde, en sa qualité de présidente de la BCE, était très explicite : « La BCE n’est pas là pour resserrer le spread » (cf. Le Figaro, 20.03.2020). Le « spread » désigne les écarts de taux d’intérêts entre les emprunts des différents pays. Ces écarts ne vont donc pas se réduire, mais au contraire s’agrandir. Seulement les « bons et fidèles clients » auront droit à un taux préférentiel. A la fin de la pandémie les uns seront devenus encore plus riches et les autres plus pauvres. La solidarité telle que la BCE la pratique !

Beaucoup de lest social aura été jeté par-dessus bord jusqu’à la fin de la pandémie. Plus d’embûches donc pour le « nouvel ordre économique postcoronaien » !

Edouard Kutten