Le gouvernement a décidé de fermer tous les chantiers et d’arrêter toute activité artisanale, à l’exception des ateliers, lieux plus faciles à protéger et faire respecter les règles en or des barrières !

Cette décision a été acceptée et applaudie non seulement par les patrons d’entreprises mais également par nos salariés, contraints depuis de longues semaines à partager des installations sanitaires et des vestiaires tout comme des réfectoires à plusieurs dizaines sur les chantiers de plus grandes envergures au Luxembourg.

Après cette décision, on parlait de crise et de comment envisager une sortie de crise ! Des millions d’Euros seront mis à disposition des entreprises, souvent sous forme de garanties (avec échéances assez courtes !) mais aussi sous forme d’aides directes, mais également sous forme d’aides remboursables !

Ces mesures ont été appréciées par grand nombre d’entrepreneurs et le gouvernement a été félicité à juste titre par les différentes chambres et fédérations patronales.

Mais le plus dur reste à venir ! L’après-crise !

En effet les contraintes sanitaires reportées sur les entreprises pour protéger les salariés sur chantiers seront importantes et il faut constater déjà aujourd’hui que la capacité de redémarrage à court terme est quasi nulle !

Imaginez le démarrage des chantiers avec encore des éventualités de soupçons de résidus de Covid-19 dans l’air…. !

La vie du chantier bien connue et maîtrisée à merveille par toutes les entreprises artisanales ne sera plus la même qu’avant Covid-19 ! Les restrictions sanitaires seront énormes et le droit de retrait connaîtra une autre dimension. Quelques exemples :

-          Equiper tout le personnel de gants et de masques jetables, à remplacer toutes les 4(?) heures

-          Distribuer du gel hydro alcoolique en quantité suffisante

-          Limiter le nombre de personnes sur les chantiers afin que les barrières puissent être respectées. Ceci sur des chantiers en co-activité avec plusieurs autres corps de métier et sous le stress de délais et de qualité à livrer

-          Défendre toute activité laquelle ne permet pas de respecter la distanciation de minimum 1m voire 2m,

-          Imposer le nettoyage de tous les outils, machines, matériaux à installer avant de faire passer de mains à mains entre les différents ouvriers sur site !

-          Au moins doubler les bases vie ! ceci dans une situation dans laquelle les entreprises n’ont même pas de place pour installer le strict minimum au niveau de base vie (vestiaires, installations sanitaires, réfectoire, bureaux). Désinfecter ces bases vie au moins deux fois par jour !

-          Mettre en place un lieu d’isolement en cas de suspicion Covid-19

-          Se déplacer à une personne par véhicule ? quid du co-voiturage et des transports en public ?

-          Réduire le nombre de travailleurs sur un chantier en tenant compte des espaces recommandés par les services du Ministère de la santé

Vous comprenez que toutes ces mesures auront un impact sur les coûts de production et allongeront les délais de façon importante.

Qui répondra présent au moment de la facturation de ces suppléments et qui acceptera les délais largement dépassés ?  Certainement pas nos clients avec lesquels nous avons déjà aujourd’hui un contrat et lesquels vont demander les respects de ces contrats après la crise. Et je les comprends, pourquoi nos clients devraient payer l’addition d’une crise sanitaire dont ils ne sont pas responsables.

En fait la complexité de nos métiers rend le redémarrage des chantiers très difficile.

Faut-il mettre aux nouvelles normes tous nos chantiers avant le redémarrage ? et si oui, quelles normes ?

Dans les usines, la distanciation des ouvriers reste facile à réaliser, nos métiers ne permettent pas de garder les distances prescrites et les outils (souvent métalliques) passent d’une main à l’autre à longueur de journée. Le chantier du bâtiment est un lieu qui rassemble les équipements et les matériaux nécessaires à la réalisation parfaite de l’approvisionnement et de la production. C’est le lieu de rencontre de plusieurs entreprises en parfaite harmonie.

Avant le redémarrage, chaque chantier devra faire l’objet d’une analyse complète, d’une renégociation des contrats, d’une mise à jour des normes sanitaires et d’une mise à jour des délais à respecter.

Comment réaliser ce redémarrage dans les meilleures conditions ?

Faut-il tester tous les salariés, chantier par chantier et définir les groupes de corps de métier par chantier ?  Doit-on fournir les tests en préalable au gestionnaire de sécurité des chantiers ?

De même pour les petits chantiers, la maintenance et les dépannages ? Que feront nos clients administratifs (Banques, Assurances, Administrations…), accepteront ils nos techniciens sans les équipements adéquats et …..les tests d’immunité au Covid-19 ? De même pour les hôpitaux et maisons de retraite. Les clients privés, encore plus sensibles qu’avant cette crise, vont bouder nos entreprises dans leurs maisons privées, et ce à juste titre.

Nos salariés, bien que motivés de revenir rapidement au travail, demanderont quand même des garanties et des équipements de protection supplémentaires.

Serait-ce possible de démarrer tous les chantiers en même temps ? La réponse sera NON !

En tant que Chef d’entreprise je vous affirme que la complexité à laquelle nous faisons face est énorme et nous ne pourrons reprendre l’activité sans l’aide du gouvernement qui saura mobiliser l’ensemble des acteurs de notre « industrie » (des entreprises, des maîtres d’ouvrages et des fournisseurs).

Les caisses de nos fournisseurs et sous-traitants seront également vides au moment de la reprise et il me semble évident que les acomptes sur commandes seront plus importants qu’avant la crise. Cette démarche touchera encore une fois de plein fouet les entreprises déjà affaiblies par plusieurs semaines d’arrêt d’activité et donc sans revenus ! Faut-il après le redémarrage instaurer une loi plus stricte quant au niveau des délais de paiements de factures clients et fournisseurs?

Nous ne parlons même pas des soucis mineurs, tels que contrôle technique de nos camionnettes, stocks réduits chez nos fournisseurs, délais rallongés auprès des fabricants, garanties des machines déjà installées avant l’arrêt des chantiers.

Gardons le moral, et commençons déjà maintenant les négociations et cherchons les accords avec clients, fournisseurs et salariés.