Chers tous,

Aujourd’hui, j’ai tellement de choses sur le cœur. Certaines sont jolies alors que d’autres sont faites de mélancolie.

En ces temps difficiles, je me sens particulièrement touchée par les différentes actions menées par les pays frontaliers et leurs travailleurs et citoyens, qui avancent main dans la main, dans l’entraide sanitaire et sociale, et je trouve cela magnifique. Je songe en premier lieu au personnel médical franco-luxembourgeois qui s’affaire de part et d’autre de la Grande-Région, sans regard pour qui ils soignent, dans quel pays et en quelle langue. J’ai tellement souhaité que cette entente déjà présente, prenne un sens encore plus profond, de voir certaines barrières tomber pour une approche simplement concentrée sur l’humain et ce que l’on peut échanger de positif. Il y a bien sûr tous les autres acteurs de ces temps difficiles : tous les travailleurs de tous les secteurs qui se trouvent encore sur le front, peut-être confrontés au virus du Covid-19 alors que d’autres personnes ont la possibilité de se protéger en restant chez elles. Le personnel de nettoyage, celui de la sécurité, ceux qui travaillent dans la vente, les chauffeurs des transports publics et de poids lourds, les médecins spécialisés, certains employés de banques, sans oublier les informaticiens et les journalistes, tous ces gens qui, trop souvent, sont critiqués ou ignorés, travailleurs de l’ombre qui aujourd’hui permettent de faire avancer les choses, chacun dans sa spécialité, avec ses moyens et surtout son courage.

Nous pouvons aussi mettre en lumière et remercier tous ceux qui respectent les règles de confinement en restant chez eux tant que possible, ceux qui développent toutes formes d’actions visant à aider ceux qui en ont besoin.

J’ai 33 ans et je suis née frontalière. Je n’ai rien choisi de cette condition mais je suis fière de me trouver dans une zone européenne culturellement riche. Je suis née en France, exerce mon activité professionnelle au Luxembourg ainsi que mes activités artistiques et de loisir (la musique en conservatoire principalement). Je mesure ma chance de pouvoir me rendre en Allemagne, en Belgique, au Luxembourg et même aux Pays-Bas en un rien de temps, et j’ai toujours béni cette richesse culturelle. J’ai toujours été attirée par les langues étrangères pour les liens et les connections qu’elles permettent entre les individus, les possibilités d’apprentissages et d’enrichissements humains qu’elles offrent. J’aimerais que chacun prenne conscience de cette richesse et du fait que s’adapter à l’autre, en tenant compte de ses capacités aussi, ne peut apporter que de jolies choses.

D’autre part, je m’attache à regarder l’autre pour ce qu’il est, parce que je considère que chacun, quelque soit son milieu social ou son emploi, a sa place et quelque chose à nous enseigner. Peut-être que cette femme de ménage immigrée a des diplômes en droit, qu’elle ne peut utiliser dans sa terre d’accueil, peut-être que cet agent de sécurité était visagiste ou musicien professionnel, même marin ou jokey, et que pour diverses raisons, ils ont choisi ou dû tracer un trait sur leurs capacités, leurs passions, leurs carrières. Je trouve cette diversité de parcours incroyable, et chaque jour, je chéris les échanges avec les personnes que je côtoie, tels des trésors.

J’espère que cette période de confinement, de restrictions, mais aussi d’entraide, permettra à chacun de mieux regarder l’autre, que ce soit sa famille, ses amis, ses collègues, ses patients, ses clients, celui que l’on croise dans la rue. Je souhaite que chacun se souvienne de ce qu’il a ressenti face à la solitude, la peur, le stress, l’ennui, et se rende compte de l’importance que prit alors un simple « bonjour, ça va ? », un « moién, wéi geet et dir ? », un « hello, how are you doing ? » ou un « hallo, wie geht’s dir ? ».

Pour finir, je voudrais remercier toutes les personnes que j’ai pu croiser et que je croiserai dans ma vie personnelle et professionnelle pour tous les apprentissages et enrichissements humains que je reçois chaque jour. Je souhaite à chacun de savoir appaiser ses inquiétudes et souffrances liées à cette période difficile, et de pouvoir en tirer du positif, à commencer par une prise de conscience de ce qui vous est cher, de ce qui est essentiel pour votre vie et de le chérir à sa juste valeur.

Grüsse an alle

une frontalière pleine d’espoir