Je suis entrepreneur " multi-serial" au Luxembourg ( construction, artisanat, magasin d' habillement, salle de sports... ) depuis maintenant 30 ans.

A la date du 10 avril, j’ai fait un premier appel quant à la situation précaire des indépendants au Luxembourg.
Permettez-moi deux mois plus tard de parler de l’évolution de la situation.

Commençons par du positif, j’ai ressenti pour la 1ère fois au Luxembourg une réelle sensibilité de la part des clients et de la société en général pour les aléas des entrepreneurs. Un nombre majeur de personnes (souvent dans les métiers et des situations très en sécurité) se sont rendues compte qu’une fois de plus une petite partie de la société (les indépendants) doit supporter majoritairement les problèmes.

La solidarité qui s’est alors installée et manifestée par un grand nombre de gestes (achat de bons, encouragements, etc … ) m’a touchée profondément et me motive de ne pas « lâcher prise ». Aussi, je pense avoir ressenti que les gens se sont rendus compte qu’il vaut mieux soutenir davantage le commerce local que l’achat sur internet pour renforcer l’économie et last but not least pour assurer la pérennité de la société.

Je dois avouer également que l’Etat (après un début un peu léthargique …) a mis en place des aides substantielles afin de sauvegarder l’économie et l’emploi

Toujours du côté positif, je peux aussi nommer des fonctionnaires hyper motivés, serviables et très disponibles dans le but d’aider et soutenir les entrepreneurs du marché privé.

Cependant, force est de constater qu’il y a aussi du négatif :

Le Gouvernement fait preuve d’une créativité rare pour trouver des arguments pour ne pas payer les aides/ rendre les entreprises éligibles. Comprenons-nous bien, je suis tout-à-fait d’accord qu’il ne faut pas servir « les profiteurs » et qu’il faut bien gérer la trésorerie de l’Etat en bon père de famille. Mais trancher de façon arbitraire sans connaître la spécificité des entreprises crée, à mon avis, des injustices intolérables. L’argument que nous pouvons faire appel auprès du Tribunal administratif ne me semble pas propice à la cohésion sociale. Tout le monde sait qu’ entre « Recht haben » et « Recht kriegen », il y a des années qui passent et que les frais d’avocat et autres dépassent de loin l’enjeu …

Par contre, il parait qu’il y a un grand nombre de refus peu / pas logiques. Je propose de créer une « task force » pour trancher cas par cas tout en restant en dialogue positif avec les entreprises concernées.

In dubio pro reo.

In dubio pro entrepreneur.

Prendre des décisions en connaissance de chaque situation précise semble de mise. Cela sauve des emplois, des carrières, des vies …

Pascal ZIMMER