Pourquoi un tel intérêt médiatique et politique pour le Liban?

Y voir une réaction purement humanitaire suite à l'explosion gigantesque dans le port de Beyrouth, entraînant la mort de dizaines de personnes et faisant des centaines de blessés, serait par trop simplifier les choses.

En effet, le fait que 50 % de la population de l'ancien protectorat français vivent depuis des années sous le seuil de pauvreté n'a jamais perturbé grand monde. La politique de l'ancien Premier ministre R. Hariri s'est soldée par un échec. Il avait voulu faire du Liban « la banque des pays arabes ». Cela explique la présence de nombreuses banques au pays. Les milieux financiers voulaient profiter de l'aubaine. L'appui des milieux politiques intéressés par ce secteur tertiaire très lucratif était assuré jusqu'à ce que les Etats-Unis d'Amérique fassent fuir les capitaux arabes du Liban. Les accords de libre-échange ont fini par ravager l'industrie du pays.

Le port de Beyrouth sera reconstruit, une entreprise très lucrative, 3 milliards de dollars au minimum sont affichés. Encore faut-il trouver quelqu'un pour prêter une telle somme au Liban. Selon W. Charara (éditorialiste au quotidien Al-Akhbar), le Liban ne veut pas d'une aide financière conditionnée par des concessions politiques. Le FMI et la Chine sont favorites, mais c'est la dernière qui inquiète les « samaritains » européens, et surtout la France. E. Macron a profité de l'occasion pour redorer son « blason politique » pas mal amoché en s'autoproclamant « le grand sauveur du Liban ». En réalité, il veille à ce que les intérêts de la France au Liban ne soient pas menacés.

Le Liban, au bord de la faillite et de la guerre civile, continue à être le terrain de jeu d'intrigues aussi bien économiques que politiques, réduisant par-là à néant les chances d'un redressement social et démocratique du pays. La population libanaise risque d'être de nouveau le grand perdant dans ce jeu de dupes !

Edouard Kutten