Le Luxembourg aussi connaît l’endettement. Mais c’est un sujet qu’on préfère éviter bien que l’évolution durant les 5 dernières années est très explicite.

Entre 2014 et 2020 l’on constate une augmentation de 20 % de l’endettement. Fin 2020 l’endettement se chiffrera autour de 27,4 % du PIB. En 2022 on attend un endettement de l’Etat à grandeur de 18,9 milliards d’euros, une dette qui, selon les prévisions les plus optimistes, représentera en 2024  32,9 % du PIB. Il faut savoir que le pays n’a jamais réussi à rembourser les dettes contractées lors de la crise financière de 2008. Ce qui a tiré le pays du bourbier est le fait que le Luxembourg sait profiter de son « Triple A » (AAA Creditrating) qui lui permet d’emprunter de l’argent sur les marchés financiers à un taux d’intérêt négatif. Il va sans dire que cette pratique ne va pas durer éternellement. Mais pour le moment « tout va très bien … ».

Les chutes de croissance dans l’Union européenne cependant sont inquiétantes. Le Grand-Duché ne fait pas exception à la règle. Selon une étude de l’Institut Bruegel et de la Commission européenne, les chutes de croissance au sein de l’Union européenne varient entre 6,5 % (Suède) et 13,4 % (Croatie) en comparant les prévisions de croissance établies en février 2020 avec celles de juillet 2020. Le Luxembourg s’y retrouve avec – 9 %.

Le Luxembourg est le pays de l’Union européenne dont l’économie est le plus dépendante de main d’œuvre étrangère, lire transfrontalière. Le secteur sanitaire, par exemple, ne serait pas opérationnel sans elle. Pour les transfrontaliers c’est une vraie corvée et une course d’obstacles qui les attend jour pour jour pour rejoindre leur lieu de travail. Et le covoiturage, préconisé par certains politiciens, n’est certainement pas la solution. Résider au Luxembourg est devenu pour la majorité d’entre eux (tout comme pour beaucoup de Luxembourgeois) une chose impossible, vu les prix exorbitants de l’immobilier au Grand-Duché, sans oublier que le pays manque d’habitations à loyers modérés.

Ce phénomène ne date pas d’aujourd’hui. Selon M. Reuland, cofondatrice de « Mieterschutz Lëtzebuerg » : « …beim Wohnungsbau haben in Luxemburg ganze Generationen von Politikern versagt » ! En 2017 l’on constata, par exemple,  (cf. Caritas et AIS) qu’il y avait un manque de 30.000 habitations sociales. C’est un domaine auquel le lobby immobilier national et international n’a aucun intérêt. Il est d’ailleurs intéressant de savoir qu’on a des problèmes de terminologie. Les uns parlent de « logements abordables » et d’autres de « logements à coût modéré ». Le terme « habitation ou logement social » n’existe officiellement pas.

Quel que soit le terme employé ou inscrit dans le plan de logement, il ne résoudra pas le vrai problème. Une récente étude (cf. J. Rifkin, Tageblatt, 24.09.2020) a montré que 159 personnes disposent de plus de 25 % des terrains à bâtir. Pourtant le Luxembourg campe sur ses positions quant à sa politique de logement. Il faut compter au moins 10 à 15 ans avant que les résultats du « pacte de logement » se fassent voir.

Il est compréhensible que cette politique de logement désordonnée ne permet pas de pratiquer une politique d’intégration conséquente. Celle-ci est laissée au hasard qui parfois arrange bien les choses. Ainsi une « intégration réussie » se limite finalement à la plaque d’immatriculation luxembourgeoise.

Triste constat !

Edouard Kutten