Lors du confinement du printemps dernier, la question avait déjà été soulevée dans quelle mesure une application de traçage pourrait aider à retrouver un peu de normalité. Certes, le Luxembourg a depuis retrouvé un peu plus de normalité, mais d’importantes restrictions et donc des atteintes aux libertés individuelles demeurent. Le Luxembourg s’est vu féliciter pour sa gestion de la première vague et nos voisins ont dû prendre la décision de reconfiner. Une bonne gestion de la première vague ne permet toutefois pas de sereinement aborder les vagues subséquentes. Aujourd’hui, la situation est tendue. Régulièrement il y a des points d’actualité, les chiffres sont scrutés et tout le monde se pose la question si les mesures seront assouplies ou durcies à court terme.

L’efficacité du traçage manuel montre ses limites avec des notifications de quarantaine en retard, voire même le jour où cette dernière devrait prendre fin, combinée à des règles de traçage qui changent, le tout, sur un fond d’incompréhension de la population qui grandit au fur et à mesure que les personnes entendent des informations de leur entourage qui leur font perdre le nord. La communication du gouvernement est perfectible, mais elle semble honnête car visiblement on manque de perspectives à moyen terme.

L’application de traçage mobile est un outil. Comme pour chaque outil, il faut savoir s’en servir. Les questions légitimes de potentielles atteintes à la vie privée ont le mérite d’être posées mais, avec un minimum de garde-fous, la balance des intérêts penchera en faveur de l’application. De potentiels problèmes juridiques ne sont pas des obstacles. C’est une question d’opportunité politique.

Faut-il alors se priver de cet outil pour une question d’argent? Notre pays n’a, sur certains points, pas énormément lésiné sur les moyens, pourquoi alors le faire pour l’application?

Si le débat se réduit à une question financière, il est à noter que l’application singapourienne «TraceTogether», pionnière du domaine, a une variante «OpenTrace» qui est open-source, donc gratuite. Le code-source est donc gratuitement disponible, peut être adapté et amélioré. Cet outil ne devrait donc pas coûter des millions. Il ne faut pas se leurrer, l’application ne sera probablement pas une solution miracle, mais un outil pour mieux voir la lumière au bout du tunnel. Ainsi par exemple, dans les transports en commun, l’application de traçage permettrait à des usagers, qui ne sont souvent pas identifiables par un traçage manuel, d’être alertés en cas de contact prolongé avec une personne infectée.

Avant d’en arriver là, encore faudrait-il que le gouvernement soutienne cette option. A la fin, l’efficacité de l’application dépendra du nombre d’utilisateurs un peu comme avec le vaccin...

Aussi longtemps que l’opinion publique n’y est pas favorable, ni l’un, ni l’autre, ne seront efficaces, même si les considérations politiques ne sont pas les mêmes.

Maître Max MULLER

HEAD OF LITIGATION KAUFHOLD&REVEILLAUD