2019 :

Téléphone, email, réseaux sociaux, chats, smartphone, tablette… ça n’arrête pas, ça ne s’arrête jamais. Je n’en peux plus. Incapable de trouver le repos, impossible de déconnecter. Je rentre du travail, épuisée mentalement, physiquement, le cœur bat la chamade. Enfin chez moi, j’aimerai bien me détendre mais… ce n’est pas possible. Le téléphone sonne « Pourquoi tu ne réponds pas à mon mail ? » « Tu l’as envoyé quand ? » « Bein, il y a une demi-heure » … et ça continue. Ça continue, encore et encore…ma tête va exploser !

Le soir arrivé, je me couche exténuée et pourtant, je suis plus éveillée que jamais. Le sommeil ne vient pas. Ce n’est pas étonnant, le stress de la journée n’a pas eu l’occasion de descendre. Donc, je ne dors pas, les heures ne passent pas, mon anxiété augmente au fur et à mesure que le moment du lever approche. Je me lève, épuisée et… ça continue.

2020 :

Et puis un virus… un virus qui a malheureusement poussé certains vers encore plus d’accélération, encore plus de stress, d’anxiété, de responsabilité (le personnel de santé, les médecins, les salariés des grandes surfaces…), tandis que d’autres se sont vu obligés de ralentir leur rythme de vie effréné.

Cette décélération forcée a été vécue par beaucoup comme une contrainte ou même une punition. Quelle horreur que de ne rien faire, d’être face à un vide qu’on n’a jamais appris à appréhender. Victimes de ce ralentissement imposé bon nombre se sont tournés encore plus qu’auparavant vers ces outils digitaux qui nous connectent, nous gardent éveillés, nous stimulent, nous permettent de nous échapper. Mais échapper à quoi ? Échapper pourquoi ?

Serait-ce la peur d’être confronté à soi-même, une peur des pensées qui pourraient surgir si on laissait notre cerveau vaguer librement ? Serions-nous en train de nous fuir nous-mêmes ? Cette société digitale, multi-taskée, hyper-performante et hyper-perfectionniste nous aurait-elle désappris de passer du temps avec nous même, de faire face à ce qui se passe en nous ?

Soyons francs, la situation actuelle ne réjouit personne, mais face à cette décélération forcée ne ferions-nous pas mieux d’essayer d’en tirer le peu de positif qu’elle porte en elle ? Une des manières de vaincre une peur c’est de la confronter. D’ailleurs certaines thérapies utilisent justement les techniques d’exposition et la désensibilisation pour traiter les phobies, souvent en parallèle avec des méthodes de relaxation.

Alors, plutôt que de fuir notre réalité intérieure en voyageant dans un monde virtuel, une pseudo-société, qui nous emmène à comparer notre vie imparfaite aux portraits de vies pseudo-parfaites projetés par d’autres internautes, profitons de cette période pour nous recentrer et nous rencontrer nous-mêmes. Prenons le temps de nous asseoir, de nous promener, dans l’ici et le maintenant, de voir et d’entendre, de sentir, de percevoir avec tous nos sens ce qui nous entoure en ce moment.

L’anxiété naît souvent de regrets du passé et de l’inconnu du futur, rarement du moment présent. Profitons donc de cette période de décélération pour nous poser et pour apprendre à nous reconnecter avec cet aujourd’hui, avec ce que nous nous vivons maintenant, à cette heure ou même à cette minute précise.

Dr. Michèle Pisani