Entre riches et pauvres il y a toujours eu des fractures sociales, une « fracture vaccinale » vient s’y ajouter en ces temps de pandémie. Les Etats riches ont accaparé la majorité des doses de vaccins au bénéfice de leurs ressortissants, 50 % de la population mondiale devra attendre.

Le 5 février 2021 M. Faki Mahamat, président de la Commission de l’Union africaine, a dénoncé le « nationalisme vaccinal » des pays riches. Certains avaient pourtant promis des aides financières pour « s’acheter » les vaccins nécessaires. Mais pour les pays riches la vaccination au niveau mondial n’est pas prioritaire. Ils se font entre eux une « guéguerre » pour avoir le premier le plus de vaccins possibles. Et encore, va voir. Le 17 janvier 2021 le président du syndicat des généralistes de France, J. Battiston, avait averti : « … il n’y a pas assez de vaccins pour tout le monde ».

Des investissements dans les pays pauvres sont nécessaires si l’on veut avoir une économie mondiale en « état de marche » après la pandémie. Pour cela il faudra changer de mentalité. On est trop habitué à investir dans les pays émergents et « ex-colonies » seulement si cela rapporte gros. Cela explique qu’il manque des milliards de dollars pour vacciner les populations des pays pauvres. Les délaisser n’est pas seulement immoral, mais avoir un hémisphère nord vacciné et un hémisphère sud à la dérive sanitaire, serait contreproductif.

Dans les pays de l’Union européenne le nationalisme vaccinal est en train de détruire le mythe de la solidarité instrumentalisé à des fins purement politiciennes. L’Union européenne se retrouve face à un désordre vaccinal gigantesque. Les contrats signés en toute opacité gardent leurs secrets, le faible engagement industriel ne peut pas être nié. Les industriels sont intéressés à des occupations plus lucratives tel que l’armement par exemple.

Certains labos par contre sont plus intéressés à faire la Bourse en tête en empochant les plus-values qu’à produire des vaccins. Sanofi, par exemple, a fait (cf. Républicain Lorrain, 06.02.2021) 12,3 milliards d’euros de bénéfice net en 2020, grâce à la vente d’une partie de ses actions « Regeneron », en continuant allègrement à fermer des sites.

L’on comprend que la méfiance des gens augmente face à cette gestion de la crise sanitaire où il y a trop d’intérêts différents sans aucun dénominateur commun.

L’échec est programmé !

Edouard Kutten