Alors que le Portugal vient de légaliser l’euthanasie, les discussions sont entamées au Luxembourg, dans les commissions compétentes, autour de modifications proposées au texte de loi du 16 mars 2009, notamment en ce qui concerne la dénomination du suicide assisté, qui pourrait dorénavant être classé comme « mort naturelle ».

Ce passage en revue de ladite loi qui suit d’assez près l’interpellation sur le suicide à la Chambre des Députés, suscite une pensée vers un sujet qui malheureusement ne fut pas abordé lors de cet échange de vues, à savoir celui de l’idéologie véhiculée à travers le rapport à la mort en général et auquel contribue également la façon choisie par une société pour concevoir la pratique de l’euthanasie.

L’hégémonie donnée au choix personnel dans un domaine qui autrefois relevait de la sphère de l’intouchable a bien engendré, peut-être malgré elle, une sorte de désacralisation de la vie - un phénomène qui risque de s’attester dévastateur.

Si accorder à un patient en fin de vie la liberté d’abréger ses souffrances paraît être un acte empreint de charité au premier abord, il se révèle pourtant bien plus lourd de nuances et sa portée va bien au-delà du domaine du purement médical. La banalisation que cette procédure risque d’encourir réclame qu’elle entraîne une interrogation sociétale, surtout dans le contexte actuel.

On ne cesse d’examiner le sujet de la santé mentale et du suicide. Regrettablement, les prises de position pivotent surtout autour de la pandémie, faisant abstraction complète du discours public comprenant le choix de mettre fin à sa vie de façon médicalement assistée comme un droit légitime.

Tout en sachant que le terrain est des plus délicats, et au risque d’indigner sans doute plus d’un qui improuvera cette pensée, il s’avère indispensable et primordial de considérer et surtout de reconsidérer la manière de plus en plus établie d’aborder ce qui se rapporte à ce qui fut longtemps perçu comme intangible.

Ainsi, force est de constater qu’une dégradation du prix attribué à la vie résulte de la trivialité afférée à la mort, qui s’ensuit inévitablement des tendances qui se mettent en place, tentant plutôt de styliser le trépas comme entité intégrale faisant partie du cours des choses, sans tenir compte de son caractère définitif, sans recours…ou même en reniant celui-ci.

On retrouve également ce genre d’attitude, qui s’y traduit en raillant la peur de la mort, auprès des mouvements contestant les mesures de protection contre la Covid 19…

Dans ces conditions, il se révèle donc indispensable de repenser l’approche adoptée envers la mort, qui inclut également chaque acte d’ordre médical qui s’y réfère.

Conférer à la mort une qualité de délivrance, c’est la nimber d’un halo salvateur. Cela peut se révéler fatal en matière de conséquences pour le développement d’une mentalité générale qui se devrait de vénérer la vie comme un bien précieux.

Dans une rage de soumettre à la profanation tout ce qui formait jadis les piliers de notre existence- à savoir les valeurs qui avaient fonction de fondement, sur lesquelles on reposait tout et qu’on osait fièrement nommer et chérir, même qualifier de sacrées, l’estime de la vie n’a pas échappé à la grande lessive nihiliste.

On n’a cessé de bannir de l’espace public chaque élément susceptible d’évoquer une argumentation puisée dans une conception autre que purement libertaire et primant la volonté individuelle. La seule évocation d’une pensée d’ordre moral suffit à tourner en ridicule celui qui ose l’émettre.

Autrefois cependant, d’autres autorités- notamment cléricales- dont l’influence ne cesse de décroître, constituaient des supports dans des espaces aussi complexes que celui de l’euthanasie, à cheval entre le médical et le questionnement éthique. Ces instances qu’on ne consulte plus que guère seraient pourtant susceptibles d’offrir des réponses à ceux qui errent, qui cherchent… et à qui les principes établis par l’église pourraient servir de guide.

Réintroduire les anciennes notions qui se perdent- comme l’inviolabilité de la vie- dans les considérations autour de thèmes qui y affleurent de près, est une piste non négligeable à ne pas passer outre afin de rétablir un certain ordre conférant la stabilité dont nous sommes cruellement en manque.

La prévention du suicide plus soutenue que le gouvernement proclame d’engager se devrait d’inclure une lutte contre la continuelle déperdition des valeurs sur lesquels un chacun pouvait s’appuyer.

Kelly Meris