Le secteur bancaire étant censé rendre service en donnant de l’essor à l’économie (moteur économique) et en jouant un rôle social (éducation aux vertus de l’épargne, gestion professionnelle des biens...), il doit veiller à ne pas dégénérer en un instrument d’exploitation et de crime. Qui de nous n’est pas content de pouvoir placer son argent à la banque (caisse d’épargne…) pour ne pas avoir besoin d’installer chez lui un coffre-fort, un sytème d’alarme coûteux et des installations garantissant l’argent contre la détérioration (service de refonte des monnaies, de réimpression des billets...) ? Quelqu’un qui place son argent sur un compte d’épargne y gagne rien qu’en faisant cela, du moment où les frais du service que l’institut financier lui rend sont couverts grâce à des services créanciers que ce même institut est dès lors en mesure de rendre ailleurs en jouant son rôle de moteur économique gérant l’argent comme instrument impliqué dans la mise en œuvre et la réalisation de projets entrepreneuriaux. Or, l’exploitation commence dès que celui qui place son argent à la banque y gagne de l’argent au moyen d’un taux d’intérêt positif (rémunération de l’argent) ou dès que l’institut financier règle le taux d’intérêt sur l’instrument dont il gère pour ainsi dire la location, à savoir l’argent, pour financer / (se) faire payer un luxe déplacé, disproportionné au monde du travail dont il fait lui-même partie (taux d’intérêt excessif, usure). Le marché financier dégénère en un instrument d’exploitation dès qu’il se sert du marché des biens sans pour autant / sans plus le servir et sans se soucier de la justice salariale et autre, dès qu’il quitte la logique relationnelle pour une logique conflictuelle marquée par des tours de passe-passe concurrentiels, dès qu’il cesse d’être fairtrade. Des dividendes comparables à de grossières parts de gâteau relèvent du délit. Alexis de Tocqueville évoque dans De la démocratie en Amérique (GF, Tome II / 2e partie / chapitre VIII, p. 152-156) ce qu’il appelle la doctrine de l’intérêt bien entendu. Il s’agit de défendre la moralité (l’honnêteté…) contre l’égotisme du rien que pour soi et l’abnégation du rien que pour les autres. Il est en effet dans l’intérêt d’un chacun que nous nous intéressions les uns aux autres et que nous nous épargnions des revendications unilatérales, conflictuelles et très souvent indues, injustifiées. L’avidité et la jalousie des gens se manifestant dans leur tendance à toujours vouloir plus et à ne jamais rien vouloir céder au bonheur d’autrui sont à la base des exploitations nationales et transfrontalières. Crier croissance, crier augmentations, crier ajustements, crier rentabilité à l’aveugle (monologues sociaux), voilà ce qui finit par corrompre tous les marchés, le marché des biens tout comme le marché monétaire et financier. Les gens réclament la justice sociale alors même que leurs placards ne rendent pas justice aux produits fairtrade et qu’ils se font rémunérer de l’argent, des apartements et que sais-je. Mais qu’en est-il de la Trésorerie de l’État, de ses participations au monde financier, aux sociétés de droit privé, aux établissements publics et aux institutions financières internationales ? De la démocratie en Amérique est d’actualité lorsqu’on y lit : « Dans les mêmes circonstances où jadis un prince établissait un nouvel impôt, on a recours aujourd’hui à un emprunt. […] l’État attire à lui l’argent des riches par l’emprunt, et par les caisses d’épargne il dispose à son gré des deniers du pauvre. […] Ainsi le souverain ne se borne pas à diriger la fortune publique ; il s’introduit encore dans les fortunes privées ; il est chef de chaque citoyen et souvent son maître, et, de plus, il se fait son intendant et son caissier. » (ibid., 4e partie, chapitre IV, p. 372-373). » Attention ! La justice sociale concerne l’État en chacun de ses citoyens et dans son ensemble.

Ce mercredi est pour les chrétiens le mercredi des Cendres. Voilà une bonne occasion pour se rappeler l’importance du renoncement / partage et l’idée de notre indépendance responsable ou interdépendance éclairée favorable au marché équitable.

Gilniat Marc

Eppelduerf