Chaque enfant a le droit de connaître ses origines et de savoir qui sont (ou étaient) ses parents biologiques. Cela est l'essence du projet de loi n° 7674 introduit par la Ministre de Justice, Madame Sam Tanson. Et il m'attriste profondément qu'un parti politique abuse de la plateforme médiatique pour ébruiter des polémiques et fausses informations. Une fois de plus une distraction populiste et sans fond dans un débat sociétaire important.

Pour être très clair, cher Monsieur Kartheiser: le projet de loi ne vise pas à diminuer le rôle des pères dans notre société, il s'agit de réparer un mal qui existe depuis bien trop longtemps dans notre pays. Ministre Tanson mérite du respect pour son initiative qui met en évidence un problème fondamental auquel sont confrontés quasi tous les enfants adoptés au Grand-Duché, et notamment les enfants qui ont été adoptés de pays tiers. En tant qu'enfant adopté (arrivée au Luxembourg de l'Inde en 1973), je confirme qu'il est insupportable de ne pas connaître ses origines. Et je souscris à ce que dit Madame Tanson, «il est incontesté que la connaissance de ses origines joue un rôle important dans la construction de la personnalité de l'individu». En novembre 1989, les Nations Unies ont adopté la Convention relative aux droits de l’enfant. La convention assure dans toute la mesure possible le développement de l'enfant et, à ce titre, l'enfant peut invoquer les Droits de l'Homme, dont le droit fondamental de connaître ses parents biologiques. Il était donc grand temps que le Luxembourg crée le cadre légal pour permettre aux enfants adoptés de faire les démarches nécessaires pour savoir.

La quête identitaire est avant tout une quête de soi-même et une tentative de se réapproprier sa propre histoire.

Car priver un enfant de la connaissance de ses origines, équivaut à planter un arbre sans racines. Comment pourrait-il pousser, grandir et développer des fruits s'il n'y a pas de connexion avec le sol? C'est exactement comment se sent un enfant adopté qui ne peut pas connaître ses origines. Même si les parents adoptifs offrent un cadre idéal pour l'épanouissement de l'enfant, il reste un grand vide. Et ce vide travaille l'enfant durant toutes les phases de sa vie. Un moment critique est l'adolescence, quand l'enfant commence à s'émanciper et à suivre sa propre vocation. Cela est bien plus difficile si l'on ne connaît pas sa vraie identité.

C’est ainsi que plus tard, la question des origines s’est manifestée avec force dans ma vie:  en devenant mère, avec la transmission du bagage génétique qu’on ne connait pas, la compréhension de son passé pour solidifier ses racines. Je remercie Ministre Tanson pour la compétence avec laquelle elle a introduit un projet de loi n° 7674 qui permettra à beaucoup d'enfants de retrouver leurs racines. Tel que le programme gouvernemental le prévoit, "cette réforme introduira le principe que l'enfant ait le droit d'avoir, dans la mesure du possible, accès à ses origines".

Daliah Scholl