Pourquoi l'opportunisme déguisé en vert est-il insupportable?

Mes oreilles ont sifflé. Voilà une personne, Mme W, que je ne connais pas personnellement, qui vient d'être designée présidente du CA de Cargolux, par ailleurs un des grands gagnants de la crise du COVID. A demi-concentré, j'écoute une interview de cette personne à la radio et la phrase suivante me fait sursauter : "L'aviation est parmi les moyens de transport les plus durables qui existent!"Ai-je bien entendu? Une égérie des Verts déclamer de telles insanités? Pas possible!

Ne cherchez pas trop loin pour avoir l'explication, elle se trouve plus haut dans la deuxième phrase du texte présent.

Opportunisme, quand tu nous tiens!

Eh oui, l'opportunisme a encore fait des ravages, c'est pas nouveau, mais à ce point... Voilà des années que les Verts et leurs satellites de la société civile, à juste titre, nous font tirer les oreilles pour nous convaincre d'utiliser moins l'avion pour le bien-être du monde de demain, pour sauver la planète, pour lutter contre le réchauffement climatique et pour baisser les émissions de CO2, dont ce moyen de transport compte parmi les plus grands émetteurs. Voilà donc que cette dame, pour la simple raison qu'elle vient de profiter d'une nomination à un des postes les plus lucratifs de notre économie (elle se plaît à claironner qu'elle avait, il y a quelques années, démissionné du poste de député quelques semaines seulement après son élection pour "faire du business", son leitmotiv, montrant un doigt d'honneur à ses électeurs et bousculant, dèjà, au passage bon nombre de principes des Verts) se permet de jetter par-dessus bord en un laps de temps record, une vérité partagée par le plus grand nombre de personnes tant soit peu au courant des problèmes écologiques d'aujourd'hui.

Après, notamment, la station d'essence (sic) au sein de son centre commercial à la frontière belge et les recettes en provenance du "Tanktourismus" qui vont avec, alors que les Verts ne cessent de brocarder voire de clouer au pilori cette pratique depuis des années, là voilà désormais à la tête d'un des plus grands pollueurs de notre économie nationale. C'est vrai que la compagnie d'aviation visée est la même qui réveille systématiquement le soussigné en pleine nuit grâce à une autre source de nuisance, le bruit des cargos, autre pollution acoustique "oubliée" par les Verts depuis qu'ils sont aux affaires (ou depuis qu'ils font des affaires?)

C'est navrant de voir les Verts, jour après jour, jeter aux orties, leurs principes qui pendant des années ont constitué leur mantra, leur ADN. C'est fou comme ils ont changé, et, à force d'avaler de la craie, il sont devenus tellement banals qu'ils font, dorénavant, davantage bailler qu'intéresser. Oui, je sais qu'il s'agit d'une stratégie bien comprise, leur arrivée et leur maintien au pouvoir exigent cette mutation. A défaut de changer le système, le système les a changés. Pour le meilleur et pour le pire. Dans le cas cité, pour le pire, une fois n'est pas coutume...hélas! "On veut façonner (gestalten)", ne cesse de déclamer leur gourou en chef, aux premières loges à l'occasion de cette nomination scandaleuse, qui, depuis des années, exactement depuis l'abandon du principe de rotation à la Chambre pour besoins personnels, ne cesse de trôner en haut et de proclamer, pour après-demain, ou pour la Saint-Glinglin, l'avènement de la démocratie de base.

Les anciens hésitent à rendre leur carte de membre, ils n'en peuvent plus. Entretemps, comme tout parti qui se respecte, on ne respecte plus les fondamentaux et on ne rate pas une occasion d'adopter des comportements dysfonctionnels, on se banalise, on fait comme les "autres" (notamment l'affaire autour du bourgmestre de Differdange ou la rémunération secrète du président du parti), sans parler des couleuvres de plus en plus nombreuses avalées dans le cadre de sujets politiques et autres reniements à répétition.

En ce qui concerne l'interview cité plus haut, les sentiments suivants me traversent l'esprit: quelle arrogance, quel mépris des autres, quel double language, quel euphémisme, quelle litote, quelle hypocrisie, quel affront pour l'auditeur lambda. Il s'agit bel et bien d'une provocation, délibérée ou non. Une personne normalement constituée, peut-elle à tel point, et de cette façon, décoller de la réalité sociale?

Je passe sous silence les autres énormités racontées par Mme W au cours de cet interview pour, succinctement, parler du deuxième sujet évoquée plus longuement, à savoir la présentation d'un nouveau (?) think tank, une association qui dit son nom certes, mais qui n'énonce pas ses objectifs clairement. "On veut s'occuper de la fracture de la société", d'accord, mais laquelle? Celle qui empêche notamment les caissières des centres commerciaux de participer pleinement à la vie sociétale, vu leurs salaires maigrichons et leurs loyers inhumains? Et de pouvoir se loger dignement et "abordablement". Mon regard est tourné vers le Ministre vert du logement qui fait pitié...

La peur qui fait peur ?

Sur le site de l'association précitée, on cache, sous un pseudonyme, (vive la transparence verte!) les autres membres de l'association tout en précisant qu'il s'agit d'abord de gens sympathiques ("leiw Leit"-sic), principalement de médecins, d'avocats, de sociologues etc, probablement aux salaires autrement plus prestigieux que les caissières déjà citées. Que du beau monde mais, courage oblige, on sort seulement "couvert", on signe ses textes d'une manière anonyme, les financements restant occultes également. Un voile gigantesque englobe le tout. Une secte ne s'y prendrait pas autrement.

La transparence, cet autre mot galvaudé par les papes verts depuis trois décennies, est totalement absente. "On va rester neutre", "on veut combattre la peur qui envahit notre société". La peur? Le meilleur fonds de commerce des Verts depuis des années. La peur du lendemain, la peur du crash de notre modèle économique, trop énergivorace, c'est vrai! Et pour bientôt la peur de la fin de notre planète et celle du monde tout court?

Quelle escroquerie intellectuelle!

Et surtout, un refrain déjà connu dans un autre contexte:"Mir welle bleiwe wat mer sin!" Slogan conservateur par excellence. Je propose de le remplacer par le suivant: "Mir wellen (be)halen wat mer hun!"

Eh oui, la question sociale est totalement absente chez les anciens gauchistes et chez les nouveaux ayatollahs verts. Les politiques de redistrubtion pour une plus grande justice sociale font peur, aujourd'hui, aux Verts et, surtout, à leurs électeurs qui ont trop à perdre, le cas échéant. On ne va quand-même pas les empêcher d'aller faire leurs courses en Porsche au "Bio-Buttek", non?

Intéressant aussi les positions quasi négationnistes de Mme W, par rapport au COVID, par rapport à toute forme de vaccination, alors que Cargolux se fait des couilles en or grâce à la pandémie. Et tout ça à des années lumière des thèses des Verts défendues à la Chambre et au gouvernement, alors que ce dernier a propulsé cette dame au siège doré de la compagnie d'aviation. Mais "on veut être ouvert, donner la parole à tout le monde, respecter l'opinion de chacun!" Si tacuisses!

Mais arrêtez donc de vous foutre de notre gueule! Faites vos petites affaires comme il vous plaît, mais arrêtez d'enrober de chocolat vos discours, pour mieux nous faire passer la pilule. Nous sommes nombreux à ne plus être dupes.

Pour la fin, comme dirait un ami, la cerise sur le gâteau: Dégustez le vaudeville, joué par les uns et par les autres, pour redresser ce faux-pas, cette nomination qui flaire bon la magouille ( "Filz" ) verte. Ou pour rétropédaler. Ou pour sauver les meubles.

On prétend, non, pardon, le ministre laisse entendre, sans l'affirmer vraiment, que cette dame a rendu sa carte de membre (quand? hier soir?). Comme si cela changeait quoi que ce soit!

Et le président du parti Les Verts, l'archétype de l'apparatchik vert, à la question de savoir si Mme W est toujours membre des Verts, devant la presse, botte en touche en invoquant, oui, lisez deux fois, en invoquant la protection des données....Défense de rigoler! Vive la transparence.... chez les autres!

Comme disait le général de Gaulle en paraphrasant le cinéaste Michel Audiard: "Il ne faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages....."

René Kollwelter (30.04.21)

Auteur (avec Dulli Fruehauf +) du bestseller "Umweltatlas fuer Luxemburg", RTL-éditions, 1987, et, pendant 15 ans, président de la Commission de l'Environnement de la Chambre des députés.