En levant les brevets des vaccins anti-Covid on n’aidera pas les pays les plus pauvres, on affaiblira tout au plus les chercheurs de la filière pharmaceutique. Pour Charles Michel, président du Conseil de l’Union européenne, il est clair que pour le moment l’on va continuer sur la même voie, et ainsi il a annoncé un nouveau contrat avec Pfizer/Biontech pour une commande de 1,8 milliards de doses, commande ferme pour 900 millions de doses et une option pour 900 millions supplémentaires. On espère atteindre de cette façon 2023 à condition de s’adapter aux nouveaux variants.

Quant à la souveraineté sanitaire, l’on évite d’en parler. Elle pose en effet problème à bon nombre de pays. On a dû constater que parfois des liens très étroits existent entre membres des « conseils stratégiques » du secteur sanitaire et les « big pharmas ». Ainsi, par exemple, Ch. Soria, membre du « Conseil stratégique des industries de santé » en France, fut-il entre 2017-2020 vice-président du département d’oncologie d’AstraZeneca. Il va de soi que l’objectivité des décisions prises n’est plus garantie dans ces cas-là. Ceci explique aussi que souvent une politique de rentabilité fut appliquée qui a pesé lourd dans beaucoup de pays sur la casse de l’hôpital public.

Maints politiques responsables veulent encore plus investir dans les grands laboratoires, tout en sachant que ceux-ci sont gérés par les critères de rentabilité et de profit et non par l’intérêt public. Nul ne veut entendre parler de la création d’un « pôle public » permettant de sortir la production de médicaments de la logique du profit.

Pfizer avait prévu pour 2021 un chiffre d’affaires de 76,5 milliards de dollars (cf. Humanité 06.05.2021), qui, à la plus grande joie des actionnaires, pourra être revu à la hausse grâce à la signature de nouveaux contrats relevant de l’urgence sanitaire mondiale.

Comme qui dirait, pourvu que la pandémie perdure !

Edouard Kutten