uand on entend le terme « médiation », on a cette image d’un ring de boxe où il s’agit de faire passer son avis et sa frustration, tel un coup de poing, sur son adversaire. Au milieu de ce combat, l’arbitre, que dis-je, le médiateur qui va tenter de gérer ce litige pour que les deux adversaires s’en sortent indemnes après le premier son de cloche. En espérant que le 2ième round s’avèrera moins brutal et que la justice ne doive pas prendre le relais.

C’est tout sauf un combat. Ce sont au fait deux personnes qui se sont construites un mur entre elles, difficile alors de se regarder dans les yeux et de se faire passer un message. On est à la fois aveugle et sourd en même temps. Ce mur a été construit par une tempête d’émotions. Dans la plupart des cas, à cause de la colère, de la tristesse ou de la frustration car on n’arrive pas à se mettre d’accord sur un point. Chacun a ses propres valeurs, ses croyances, voire ses besoins. Après tout, c’est ce qui fait l’être humain. Quand on n’arrive difficilement à se faire entendre, forcément il y a un petit nuage gris qui commence à pointer le bout de son nez.

Et le médiateur dans tout ça ? Loin d’être un arbitre, dépourvu de tout jugement ou de critique personnelle, c’est celui qui va tenter de ramener un petit rayon de soleil dans cette tempête. Il va être le « traducteur des émotions », il va poser des mots « sur ce qui ne se dit pas » et il va faire en sorte à ce que l’un d’entre eux, au moins, casse ce mur qui le sépare de l’autre pour accueillir son émotion. Grâce à quoi ? Le médiateur a sa boite à outils : entre autres, l’écoute active, la reformulation, des questions ouvertes, l’empathie et la neutralité. Des outils indispensables pour une communication seine et constructive, pour se sentir finalement entendu. Cependant, on ne va pas chercher tout de suite ce que l’avenir peut bien nous offrir. Le médiateur va, dans un premier temps, creuser et chercher ce qui nous a fait mal, ce qu’on a considéré comme une injustice ou encore une déception. D’où le principe « être présent à l’instant présent ». Le médiateur va donc jongler entre les deux personnes sur leurs ressentis, leurs mots. Comme un détective, il va se mettre à la recherche du sentiment refoulé. Elémentaire mon cher Watson ! Si on est entendu dans sa crainte, sa souffrance ou encore sa colère, dans la plupart des cas, les tensions commencent à s’apaiser. Le mur semble s’écrouler petit à petit.

La médiation a quelque part une fonction pédagogique. Elle va permettre aux personnes de faire part de leurs besoins et attentes respectifs. Pour se faire, ces dernières vont donc s’échanger, « brainstormer », collaborer, construire des pistes et proposer des solutions communes dans lesquelles chacun peut trouver son compte. Bref, une situation de « win-win ». Mais attention, on peut aussi se mettre d’accord que nous ne sommes pas d’accord. Par contre, on s’est au moins écouté, on a laissé la parole à l’autre. On a pu vider son sac dans le respect mutuel. Comme cela fait du bien ! Accord ou pas, le mur a disparu. La médiation ne sert pas qu’à résoudre le conflit. Elle nous permet de prendre du recul, se souffler un bon coup, et de tendre l’oreille envers soi-même et son prochain. Les 3 E : L’empathie, les émotions et l’estime de soi sont les piliers qui vont être forgés lors d’une médiation. Apprendre à utiliser une langue bien nouvelle pour certains, autre que le « toi ». On va éviter le « tu qui tue » et se chercher profondément, en parlant en « je ». Le médiateur veille à ces prises de conscience de la part des personnes qu’il accompagnera tout au long du processus. C’est donc une culture de socialisation qui se créé et c’est ce qui, je pense, nous manque cruellement dans un monde devenu de plus en plus individualiste. Plus important encore, les 3 E qui devraient être enseignés dès le plus jeune âge pour éviter tout combat de boxe inutile à l’avenir.

« On a tendance à écouter pour répondre mais on écoute rarement pour entendre ! »