Comme le Luxembourg a jusqu’à cette date profité de la dérogation qui lui fut accordée à la directive européenne 94/80/CE, prévoyant l’obligation des États membres d’accorder le droit de vote actif et passif aux ressortissants d’un pays de l’Union européenne aux élections municipales sans leur prescrire une durée de résidence minimale définie sur le territoire, les gouvernants du Grand-Duché comptent désormais se plier aux conformités des fins de cette directive, tout en l’élargissant (à l’instar de certains États membres, dont la Belgique) au bénéfice des résidents étrangers d’un pays tiers.

Ainsi vient d’être déposé, par le Premier Ministre, un projet de loi (7877), prévoyant la suppression de la clause de résidence de cinq ans en vigueur pour pouvoir participer aux élections communales en étant immigrant.

En dépit d’une population non-luxembourgeoise de 47% présente sur ce sol, l’idée du gouvernement ne peut que se révéler être une erreur totale (et fatale).

Ni la conformité à une directive du Conseil européen, ni un prétendu déficit démocratique dénoncé à l’usure par diverses associations, ne peuvent justifier une telle déroute.

Non seulement, alors que les modalités d’obtention de la nationalité luxembourgeoise ont été récemment revues considérablement à la baisse, le gouvernement démontre derechef le peu de valeur attribuée à la même, mais il encourt, par cette nouvelle mesure, d’engendrer des conséquences néfastes bien profanes et concrètes.

Comme le Luxembourg n’applique pas de système de répartition des personnes immigrées à travers les régions du pays (d’ailleurs difficilement imposable vu le coût de vie divergeant selon les localités), le danger est bien réel que se créent, dans des communes habitées par un nombre élevé de personnes issues de la même zone géographique, des sortes de communautés très fermées, comparables à des sociétés parallèles – élues légalement ! (Car n’oublions pas que cette nouvelle « ouverture » proposée comprend aussi bien le droit de vote que la candidature aux élections…) Une certaine accoutumance au pays d’adoption n’exclut pas entièrement cette menace potentielle, mais peut s’avérer susceptible de l’atténuer.

Ainsi, en désirant promouvoir l’intégration en octroyant cette faveur aux citoyens non-luxembourgeois, c’est l’inverse qui risque de se produire !

En ce qui concerne justement le fameux « vivre-ensemble », il ne peut se réaliser sans qu’un nouveau venu fasse preuve d’efforts réels fournis, dont l’apprentissage de la langue nationale, ainsi que la familiarisation avec le mode de vie des autochtones et la mise en œuvre de celui-ci. Or, la réalisation de telles aspirations présuppose une certaine période de résidence sur le territoire.

L’exigence d’établir un concept d’honneur de mériter la participation à la vie publique d’un pays dont on n’est pas originaire mais dans lequel on a choisi de vivre n’est certes pas au goût de nos dirigeants actuels, mais me semble pourtant d’une importance capitale pour établir un bienfait mutuel entre nationaux et non-nationaux… Ce n’est qu’en apprenant à apprécier le pays et ses coutumes, que ces derniers acquerront l’intérêt à s’impliquer de façon productive, dans un esprit de maintenance des richesses qu’offre cette terre qu’ils habitent désormais.

Il faut impérativement cesser cette pensée très unilatérale qu’un bon déroulement de la vie communautaire dans un environnement comptant des personnes d’origines très variées ne peut être réalisé que par des avantages (ou supposés avantages) offerts aux non-nationaux.

Kelly Meris