On attribue à Abbé Pierre deux déclarations qu’il vaut la peine de rappeler : « Plus j’avance en âge et plus je suis convaincu qu’il y a deux choses dans la vie à ne pas rater : aimer et mourir » et « la responsabilité de chacun implique deux actes : vouloir savoir et oser dire ». La crise du coronavirus nous montre que nous sommes mortels, mais que notre société a du mal à savoir à quoi s’en tenir quant à cette mortalité apparemment étrangère à la vie. Mourir en dignité, entouré de ses proches, convaincu de vivre en comprenant la mort, voilà un défi incontournable que la gestion de la crise sanitaire démasque en ne réussissant pas à le masquer malgré ses efforts inavoués à ce faire. Et qu’en est-il de l’amour, de la solidarité en ces temps où presque toute notre attention tourne autour du Covid-19 ? Le Coronavirus Liveticker devrait nous interpeller sans nous faire oublier les migrants morts au large de Calais et ailleurs (en lisant que la France veut ne pas laisser la Manche devenir un cimetière, il faut s’avouer que la Méditerranée en est déjà un), les victimes de la guerre en Syrie, les gens en Afghanistan, enfin les affamés du Tiers-Monde qui, sous le Nouveau Régime des temps présents, est largement comparable au Tiers-État sous l’Ancien Régime. La gestion de la crise sanitaire démasque l’injustice du marché mondial en ne réussissant pas à la masquer malgré ses efforts inavoués à ce faire. Aimer, ce n’est pas faire semblant d’aimer.

Quant à la voix de Voltaire, je déplore qu’on mise tout sur les produits pharmaceutiques (dont l’impact environnemental est considérable), comme si notre système immunitaire ne dépendait que d’eux. Cela me rappelle en effet le Seigneur Ogul dans Zadig ou la destinée : « Il est d’un embonpoint excessif, qui est toujours prêt à le suffoquer. Son médecin, qui n’a que peu de crédit auprès de lui quand il digère bien, le gouverne despotiquement quand il a trop mangé. Il lui a persuadé qu’il le guérirait avec un basilic », alors que Zadig l’aide autrement : « Vous avez joué au ballon, et vous avez été sobre, lui dit Zadig : apprenez […] que l’art de faire subsister ensemble l’intempérance et la santé est un art aussi chimérique que la pierre philosophale ». S’il faut encourager les gens à se faire vacciner, il ne faut pas pour autant omettre de les sensibiliser à vivre sainement (sound food, fairtrade, produits qui augmentent les chiffres d’affaires ailleurs que seul chez nous) en coopération avec une restauration saine, sûre et, si nécessaire, resto du cœur. Gilniat Marc / Eppelduerf