Après les petites filles en rose visées par la fameuse « ligne conductrice », imposant aux concepteurs de manuels scolaires des exigences au nom de la diversité, du féminisme et autres mouvements dans l’air du temps, voilà que l’Éducation nationale, avec l’appui du Ministère de la Mobilité, s’en prend à la voiture familiale, honteusement appelée « taxi parental ».

Bientôt seront proposés, en classe, des ateliers ayant pour but de convertir les enfants en ambassadeurs de la doctrine écologiste, leur attribuant la charge de faire renoncer leurs parents à les conduire à leur établissement scolaire en voiture.

La forte présence du dogme vert à l’école, décriant surtout l’automobile, ne date pourtant pas d’hier. Le concours organisé régulièrement autour de la « semaine de la mobilité », lors duquel les écoliers de la capitale se voient récompensés d’un autocollant lorsqu’ils se sont rendus en cours à pied, à vélo ou en autobus, en est un exemple reluisant.

L’envahissement graduel du monde éducatif par des idéologies contribue largement à ronger un système déjà fragilisé, déjà essoufflé, qui a cependant lui-même participé en grande partie à creuser sa propre tombe : en alimentant la mutation progressive de ce qui fut à ses débuts l’institution de la transmission du savoir en un grand laboratoire d’idées qui se jugent innovatrices mais qui ne sont que néfastes à la cause première de l’école, bientôt jetée entièrement aux oubliettes. Si, certes, des enseignants essaient de tenir tête en continuant à « faire connaître la matière », un cadre idéologique institutionnalisé met en péril la qualité académique des apprentissages tout en anéantissant la neutralité que l’enseignement (public de surcroît) se doit d’être à même de garantir.

L’école ambitionne de moins en moins une instruction riche mais endosse surtout le rôle de missionnaire des finalités de certains courants. Ainsi, l’éducation au développement durable, nouvel objectif-phare de la politique éducative, trempe dans un bain doctrinaire. Du fait de la partialité de ce type d’éducation (notons bien que son but est de contribuer à changer le monde et non pas d’instruire), il risque, en s’immisçant au sein des familles, non seulement de créer des tensions mais également des différences entre les élèves, alors que l’école justement, devrait être un lieu d’égalité.

Si l’éveil d’une certaine sensibilité envers les enjeux écologiques et sociaux du monde actuel peut constituer un thème à élaborer en classe, il serait bien plus judicieux de munir les jeunes d’une solide accumulation de connaissances factuelles, dépourvues d’appréciations. Car combien sont-ils à pouvoir encore citer les noms des continents, des pays et des océans de cette planète qu’ils sont censés sauver ? Laissons-les d’abord placer les fleuves sur une carte – cet exercice n’empêchera pas de les aimer.

Kelly Meris

Strassen