Si on quitte le terrain du droit pour celui du devoir, on quitte la possibilité de faire ou de ne pas faire pour celle de n’agir que dans un sens, à savoir celui qui s’impose. Dès qu’il y a devoir, on n’a plus le droit de faire autrement. Il faut que cela soit bien clair pour qu’on ne se trompe pas sur la portée morale de l’introduction d’un devoir de vaccination et les responsabilités qui s’y rattachent. Si la vaccination ne fait de mal à personne, s’il est évident qu’elle ne fait que du bien, il faut bien sûr en faire un devoir. Mais si des gens pouvaient, sans faire de mal à personne, éviter des maux considérables en refusant de se faire vacciner, il ne faudrait pas quitter la possibilité d’un droit éclairé à la vaccination (avec les efforts communicationnels de droiture y afférents) au risque d’un devoir de vaccination autre qu’infaillible, surtout qu’il y a des droits et des devoirs fondamentaux de la personne humaine qui sont en jeu.

D’où et depuis quand aurait-on le droit de "convaincre" quelqu’un par la coercition à quelque chose qui pour quiconque n’est pas foncièrement anodin et sans danger ?

Marc Gilniat (Eppeldorf)