Ils furent attendus en vain, l’indignation, la fureur, les appels à la conscience commune qu’un peuple se doit d’animer lorsque des symboles témoignant de ce qui fait sa gloire se retrouvent être la cible d’attaques injurieuses. On se souvient : En date du 4 décembre 2021, lors d’une manifestation violente contre les mesures sanitaires, le monument national « Gëlle Fra » fut souillé de façon honteuse, la mémoire de nos héros foulée par les bottes d’une meute déchaînée de contestataires.

Au pied de la « Gëlle Fra », on honore les plus vaillants : Les Luxembourgeois volontaires ayant rejoint les forces armées françaises et belges durant la Première Guerre, les résistants qui se sont battus aux côtés des Alliés pendant la Seconde Guerre, nos compatriotes engagés dans les batailles d’Espagne et de Corée afin de défendre les valeurs démocratiques. Le clivage ne saurait être plus grand entre ceux qu’on commémore en ce lieu et les bourreaux de leur souvenir. Ils ne brillaient pas par la grandeur d’un nom ou d’un titre, mais par celle de leur volonté et de leur dévouement à une cause qui leur semblait juste, ces soldats inconnus ou presque, dont on se rappelle Place de la Constitution.

Si le « Comité pour la mémoire de la Deuxième Guerre mondiale » exprima son désarroi via un communiqué en date du 08 décembre 2021, le détournement de l’étoile jaune et les fausses comparaisons émises par les manifestants entre la situation actuelle et le régime nazi- hautement condamnables, absolument - furent pointés davantage que la profanation de notre édifice national.

Les autorités politiques, surtout, sont restées bien trop silencieuses sur ce qui ne peut être qualifié d’incident. Certes, l’assaut des marchés de Noël, la terreur générale semée par les protestataires enragés, la peur qu’ils répandirent parmi les visiteurs de la capitale en ce jour funeste, furent désapprouvés plus ou moins fermement, mais l’outrage fait aux fils de la nation tombés au champ d’honneur ne fut évoqué que brièvement, presque du bout des lèvres, en marge des discours. On n’en fit pas expressément cas, on se contenta d’accuser l’ensemble des incivilités et des actes de vandalisme commis sans souligner l’affront envers la mémoire de nos braves.

Alors qu’on s’apprête à ancrer dans la Constitution des attributs de notre nation, il s’avère impératif d’en dresser un inventaire plus complet, ne les réduisant pas à la langue, au drapeau et à l’hymne national. Pourquoi ne pas avoir songé à conférer une place au culte de nos morts, à une culture du souvenir à soigner ?

La réponse, pourrait-elle se trouver dans le fait désolant que nous nous trouvons déjà, en ce moment, dans le processus dangereux qui ronge nos pays voisins et qui se manifeste depuis un certain temps outre Atlantique ? La périlleuse idéologie de « déconstruction » d’une histoire nationale établie aurait-elle également pris racine chez nous ? Les propos récents de l’historien Vincent Artuso dans l’émission « Kloertext » du 10 février 2021 (RTL), repris dans la presse écrite et radiophonique pourraient le faire craindre…

Selon M. Artuso, la vision qui nous a jusque-là été transmise, de génération en génération, de ceux qu’on considère comme nos héros ou nos sacrifiés, c’est-à-dire les résistants, les enrôlés de force, les survivants ou les victimes, devrait être reconsidérée.  J’eus le souffle coupé en l’entendant proclamer que les résistants pourraient, à notre époque, être désignés comme « populistes » et « nationalistes », ces qualificatifs si rebutés…

Oui, en effet, c’étaient des hommes amoureux et fiers de leur patrie - heureusement ! Cette adoration de leur pays leur conférait le courage et le zèle de risquer leur vie et celle de leurs plus chers pour s’opposer à l’occupant, rejoindre le maquis, gagner Londres… La liste de leurs exploits est longue - elle comprend la plus petite action comme servir de messager clandestin jusqu’au combat armé - mais qu’ils aient caché un réfractaire, déposé une lettre ou retrouvé un réseau, ils furent animés par la même flamme dont nul, ni hier ni aujourd’hui, n’aurait à rougir : un amour inconditionnel envers la patrie.

Bien entendu, des recherches approfondies procurent des découvertes parfois insoupçonnées, permettant de soumettre le passé à de nouvelles analyses. Il serait cependant insensé de juger les ancêtres à travers ces grilles (tout à fait superflues et même nocives à mon avis) érigées à l’heure actuelle.  Ainsi, Valérie Pécresse, candidate à la présidentielle en France, frôla le ridicule en déclarant le 30 novembre 2021 dans l’émission « Élysée 2022 », diffusée sur France 2, que Joséphine Baker n’était pas wokiste

L’histoire nationale peut, comme chaque part d’histoire, être perpétuellement complétée, mais rien ne permet d’ôter leur statut d’héros à ceux dont le cœur et la témérité auréolent le Luxembourg.

Si les adeptes de ce discours qui entend dépourvoir notre passé de son prestige et, parallèlement, renier toute constance des choses en matière de ce qui édifie une nation, brandissant la menace non fondée du fantôme d’un nationalisme redouté, tentent de dépeindre le caractère très évolutif, en fluctuation permanente, de ce qui fait l’essence de notre pays, ils peinent encore à démanteler, à détruire l’indestructible. Mais le ver est bien dans le fruit et le silence qui suivit le délit envers notre Monument aux Morts en pourrait être l’effrayante preuve.

Il ne s’agit là aucunement d’une évolution bénéfique ou d’un progrès intellectuel, mais tout au plus, à la limite, d’un service rendu à une idée précise du politiquement correct, qui se confond récemment avec l’éloge de la diversité. La diversité, ce concept omniprésent, partout, même ou surtout là où sa présence est dénuée de tout bien-fondé, servant de justificatif à tout détournement de pensée, qu’elle soit d’ordre historique, scientifique ou social. Un concept cependant qui semble être perçu comme étant si fragile que ses apôtres guettent constamment d’éventuels écueils mettant en péril son implantation en tant qu’idéal universel. C’est ainsi qu’est née la peur de certains mots, comme « nation » ou « patrie ». Ces termes faisaient jadis s’élever les cœurs à leur seule évocation et fleurir la fierté d’appartenir à une communauté définie dont tous savaient exactement ce qui la définissait- ce qui les définissait. Ainsi, eux, nos aînés, se mouvaient d’un pas assuré sur les fondements inébranlables d’un passé dont les richesses et la mémoire des héros qui en faisaient l’éclat constituaient autant de référents leur permettant d’avancer en confiance et en pleine conscience de ce qui composait leur âme collective- élément essentiel pour former un tout, un « nous ».

Ne dépouillons pas notre bel héritage historique de la déférence due à ceux qui nous ont précédés. Continuons à cultiver le souvenir de nos « Jongen », et levons les yeux vers eux en leur disant MERCI.

Kelly Meris

Strassen