Deux opposés qui s’effleurent sur la liberté du corps de la femme

Alors qu’au Luxembourg, on s’indigne de l’annulation de l’arrêt « Roe vs Wade » rendu en 1973 par la cour Suprême américaine, qu’on organise même une manifestation et que le premier Ministre dans un tweet écrit « It’s anti-choice », la teneur du projet de loi 7674 traitant de la procuration médicalement assistée (PMA) au Luxembourg laisse la plupart des gens indifférents. Aucune manifestation n’est organisée, pas un mot sur la nature du projet de loi 7674 qui oblige les femmes recourant à la PMA de prendre des donneurs non-anonymes.

Simone de Beauvoir a écrit : « N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question ».

Acquis en 1973, le droit à l’avortement fait marche arrière aux Etats-Unis près de 70 ans plus tard. Certains Etats américains interdiront de nouveau l’avortement. La femme n’est donc plus libre de son corps.

Sous l’angle de la liberté du corps de la femme, un parallèle devrait pouvoir être fait avec la PMA.

Alors que se trouve à la Chambre des députés le projet de loi 7674 qui vise à obliger les femmes à choisir uniquement des donneurs non-anonymes pour leur PMA, personne ne soulève la question de la liberté du corps de la femme. Elles ne sont pourtant pas libres de choisir le donneur de leur choix. Là aussi, il s’agit d’une privation de leur liberté et quelque part un raté politique pour reconnaître la famille moderne d’aujourd’hui.

Si le triomphe du droit à la PMA pour tous fera bientôt légalement son entrée au Luxembourg, il risque de le faire, non pas par la grande porte mais plutôt par l’entrée de service. Le projet de loi conservateur s’attarde à l’idée qu’une famille ne peut pas être véritablement deux mamans et un enfant mais invite le donneur comme troisième parent de l’enfant qui aura le droit de le connaître. Au nom de plusieurs principes comme celui du « droit de connaître ses parents » accordé par la convention internationale des droits de l’enfant, le projet de loi 7674 sacre le donneur et n’offre pas aux femmes et parents de projets PMA, la possibilité d’être libres de définir eux-mêmes la famille qu’ils souhaitent. La famille moderne n’y est pas consacrée.

Alors que de l’autre côté de l’atlantique, le droit des femmes fait marche arrière, espérons qu’il ne faudra pas attendre 70 ans au Luxembourg pour que les femmes aient le droit de choisir librement leurs donneurs et qu’on célébrera enfin dignement toutes les diversités et fiertés !

Cecilia Guichart