Une vague de colère a déferlé sur l’autoproclamé camp du progrès, indigné par la décision de la Cour suprême des États-Unis de mettre un terme à un arrêt qui assurait le droit à l’avortement au niveau fédéral. Désormais, chaque État sera en mesure d’instaurer sa propre loi relative à l’IVG.

Attroupement devant l’ambassade américaine, résolution à la Chambre des Députés, tweets politiciens – les adhérents d’un féminisme dont ils se font leur idée propre étaient harassés par la peur que l’accès à l’avortement puisse être endigué chez nous. Brandissant les paroles empruntées par les antivax (« Mon corps, mon choix »), certaines voix se sont mises à réclamer jusqu’à l’ancrage du droit à l’avortement dans la Constitution. Les débats autour de la nouvelle Charte s’étant étirés pendant une quinzaine d’années, pour être bouclés à la hâte, présentent en effet un résultat propice à ouvrir une brèche pour un amendement en faveur de l’avortement (et de l’euthanasie également) puisque le droit à la vie n’y figure pas.

L’absence de ce droit, pourtant fondamental, dans le texte législatif le plus déterminant de notre pays, pourrait se révéler être le facteur dominant d’un changement radical de paradigme. Ce bouleversement voulu est présenté comme souhaitable et souhaité, conforme à la lignée dans laquelle s’inscrivent pêle-mêle, sans discernement ni nuance, les idéologies de genre, d’anti-patriarcat et autres aspirations du moment.

Dans une rage de supprimer absolument tout d’un monde jugé révolu de par le fait que des exigences d’ordre moral y furent encore imposées aux individus, les soi-disant progressistes se démarquent par un discours concrétisant une invraisemblance inouïe. On ne peut bâtir un monde meilleur – plus juste, plus inclusif, plus égalitaire – sur un modèle sociétal admettant l’extermination de la vie sous sa forme la plus fragile. Une communauté éclairée ne saurait que garantir, sans concession aucune, le droit de naître à chaque enfant. Une communion d’humains ayant atteint un degré de civilisation supérieur se doit d’assurer les droits de ceux qui ne sont pas en mesure de les revendiquer eux-mêmes.

Afin de suffire, en tant que nation, aux impératifs d’un humanisme élémentaire – qui marque la différence entre civilité et barbarie – il s’avère capital de conférer un cadre juridique d’ordre constitutionnel aux droits des plus vulnérables. En répondant du droit de naître, un État ne témoignerait aucunement d’une hostilité envers les femmes, mais s’engagerait à assumer un rôle qu’il est si commode d’abandonner au nom des sacro-saintes libertés individuelles. Protéger les enfants conçus et non encore nés réclame quelques efforts, car la décision d’opter, en tant que gouvernement, pour une position affirmative à la vie, se doit d’aller de pair avec des mesures de soutien et d’encadrement pour femmes et filles se retrouvant enceintes en situation délicate. Un défi qu’il serait honorable de relever.

Kelly Meris

Strassen