Quelques mots à l’occasion de la disparition d’Erny Klein

J’ai failli tomber des nues, j’étais estomaqué quand Catherine, son épouse, m’a appris la nouvelle, début août : « Den Ern as gestuerwen ». Non, malheureusement ce n’était pas une blague, mais sur le coup j’ai refusé de le croire. Encore aujourd’hui j’ai peine à l’accepter, tellement Erny faisait partie de ma vie pendant des décennies. Ah non, pas lui ! Et pourquoi lui ? Et comment ? Et maintenant ?

Je me suis fait confirmer la nouvelle plusieurs fois, tellement elle me semblait incroyable, inacceptable. Le cœur gros, j’ai informé Puttchen, Marcel et Aldo, ses anciens colocataires dans notre communauté, d’abord à Muhlenbach, puis, plus tard, en tant que copropriétaires, à Kirchberg.

Erny était ce que l’on appelle un compagnon de route, un ami vraiment fidèle, présent quand on avait besoin de lui, la réciproque étant vraie également. On a toujours été très, oui très proche, personne n’a jamais réussi à mettre ne serait-ce q’une feuille de papier à cigarette entre nous. (Excusez-moi, le temps de sécher les larmes qui coulent sur ma joue…)

Vive l’acquisition permanente de compétences

Il avait une vraie intelligence et, surtout, des dons que d’autres, dont le soussigné, n’avaient pas. Au fil des années il a acquis et développé des savoir-faire, des compétences diverses et multiples, que personne n’aurait soupçonnés. A force de caractère et d’assiduité, il est devenu un vrai multitalent. Il a pratiqué l’apprentissage tout au long de la vie avant la lettre, avant que ce dernier soit reconnu comme un nouveau pilier de l’enseignement moderne.

Erny était toujours très sollicité, car dans notre groupe on pensait tout de suite à lui quand il fallait donner un coup de main pratique, par ci et par là. Une disponibilité et une gentillesse qui cherchaient leur pareil. Erny était l’exemple même de l’autodidacte qui démontrait tous les jours que les diplômes ne suffisent pas pour faire un homme complet.

En fait il a commencé comme mécanicien auto, puis, à RTL, chauffeur de direction, où il a d’ailleurs rencontré Cathy, la femme de sa vie, puis caméraman pour finir quasi journaliste/caméraman à l’occasion du dernier Tour de France où il a filmé et interviewé tout seul, comme un pro, le vainqueur luxembourgeois d’une étape, tandis que les vrais journalistes de la chaîne étaient planqués bien au chaud au studio. Il accomplissait son travail d’une manière pour ainsi dire naturelle, sans se plaindre souvent. Mais quand il le fallait, il savait élever la voix et se faire respecter. Et mettre les points sur les i. Pour lui un con était toujours un con, pas de pardon.

Vu la fratrie nombreuse à la maison, et vu la disparition précoce du père, pas question de traîner trop longtemps sur les bancs de l’école. A la maison il fallait satisfaire l’appétit de deux filles et de six garçons, il fallait, avec ses frères et soeurs, subvenir aux besoins de la famille, à l’époque les retraites des veuves n’étaient en rien comparables à celles d’aujourd’hui.

Vive le vélo !

Et puis il avait ses dadas, avant tout le vélo, une passion (le mot n’est pas assez fort) dont il a été contaminé par son frère et exemple, Tutti, parti il y a 15 ans déjà. Le vélo, toujours le vélo. Il a même contaminé Cathy avec cette passion, sans parler de ses fils Ben et David. Pas de jour sans, ou presque. Des sorties avec ses amis cyclistes qui doivent faire sans lui, désormais. Il a laissé un vrai vide dans leur peloton, car il avait en plus de vraies qualités de rassembleur, il savait réunir les gens, surtout ceux qui pensaient comme lui, mais pas seulement. Le vélo était pour lui un monde à part, une bulle protectrice, presque comme un sacerdoce. Pas d’excuse pour ne pas faire du vélo. Il fait mauvais ? Pas de problème, il n’y a pas de mauvais temps, il n’y a que de mauvais vêtements…Pendant plusieurs années il a même participé aux épreuves de cyclo-cross du pays, même s’il n’est jamais sorti vainqueur d’une telle course qui exige des qualités que Erny, certes, possédait, mais il s’y est mis un peu trop tard. Même au marathon il s’est mis pendant quelques années. Et puis les randonnées cyclistes, au Luxembourg comme à l’étranger, n’avaient pas de secret pour lui. Le vélo, toujours le vélo.

Politiquement, Erny était de gauche, presque naturellement, son père ayant rempli pendant des années la fonction de président de la délégation des ouvriers de ARBED Dommeldange. Et puis le sort de l’autre, fût-il plus faible ou moins bien loti, ne le laissait pas insensible. La solidarité, dans tous les domaines, était un de ses mots d’ordre.

Elu sur la liste de l’OGBL, il était membre du Conseil d’Administration de RTL pendant des années, au titre de représentant du personnel. Au fil des années il avait noué des liens étroits avec son entreprise fétiche, dont l’évolution ne le laissait pas insensible.

Je pourrais encore remplir des pages sur Erny, mais ce ne seraient que des mots en plus. Ne plus jamais le revoir est une pensée que je ne veux pas accepter, mais la réalité est tout autre, hélas…

Il ne me reste plus qu’à évoquer avec Cathy, Ben, Milli et David, sans oublier Nil, le petit dernier, les belles heures passées ensemble, notamment en Provence où il se plaisait tellement. Et regarder les photos qui sont les derniers témoins d’un beau compagnonnage.

Merci Erny, pour tout et pour le reste…

Ciao !

René Kollwelter