Entretien avec Jean Diederich, président de l‘Association des Professionnels de la Société de l‘Information.

«Le Luxembourg doit mieux se positionner comme acteur IT»

Lëtzebuerger Journal: Monsieur Diederich, l’APSI choisit tous les ans un thème central. Celui pour 2011 est «les projets TIC au service de la promotion du Luxembourg». Pourquoi ce choix?

Jean Diederich: Parce que le Luxembourg n’est pas encore suffisamment reconnu dans le monde comme un acteur dans l’informatique et les technologies de la communication, comme un marché clé pour l’installation d’entreprises actives dans ces secteurs et comme une source de projets d’envergure innovants et de rayonnement international. Bien que beaucoup se soit passé ces dernières années.

LJ: Vous pensez aux infrastructures plutôt?

JD: Pas seulement. Il est vrai que le Gouvernement a beaucoup investi dans les connections à haute vitesse et que des data centers de très haut niveau ont vu le jour. Mais en gros, le Grand-Duché reste un importateur tant d’installations que de software. Mais je crois qu’il y a un énorme potentiel pour nous positionner en tant que développeur d’applications très spécifiques pour certains métiers.
Le secteur financier
peut jouer un rôle moteur
LJ: Dans quel secteur par exemple?

JD: Le secteur financier surtout peut jouer un rôle moteur. Au niveau de l’automatisation de processus par exemple dans l’industrie des fonds d’investissement. On croit ces services déjà très fortement informatisés, mais il y a encore beaucoup d’informations qui transitent par fax. Je pense qu’il y a encore un énorme potentiel pour rendre tout cela «ICT ready».
Alors il y a deux moyens de procéder. Soit l’enteprise ou le secteur concerné dresse un cahier des charges à cette fin et fait développer les applications concernées à l’étranger. Soit on utilise le «know how» important au Luxembourg pour les y développer et positionner le pays comme centre de référence en la matière. La présence de grandes entreprises internationales sur place est un vecteur important dans cette optique.

LJ: Toujours est-il que les instigateurs de ces projets doivent souvent batailler dans leurs maisons-mères pour avoir les moyens nécessaires à de tels développements...

JD: Le Gouvernement doit donc fournir des arguments à ces dirigeants qui doivent expliquer au plus haut niveau pourquoi investir au Luxembourg. Il faut donc un environnement proactif dont les composantes vont au-delà de l’offre d’infrastructures, de la fiscalité avantageuse et de la société multiculturelle dont nous disposons. Il faut que le cadre réglementaire suive l’évolution technologique.

Enlever les barrières

LJ: Ce n’est donc pas toujours le cas? Auriez-vous un exemple?

JD: Le «Green IT» était le thème central pour l’APSI en 2009. C’est un sujet qui va au-delà des seules considérations technologiques d’utilisation optimale de l’énergie dans les infrastructures IT elles-mêmes. Une question qui se pose dans ce contexte est par exemple celle comment l’IT peut être utilisée pour réduire les trajets et donc les émissions CO2. Il y a donc une réflexion à mener sur les possibilités de télétravail. Mais là on constate que le cadre législatif européen rend très difficile le télétravail pour les nombreux frontaliers employés au Grand-Duché. En effet, s’ils travaillent en dehors de leur lieu d’emploi, donc en dehors du siège de l’entreprise au Luxembourg, ils devraient théoriquement être déclarés aux autorités de sécurité sociale et fiscales de leur pays d’habitation. Au bout du calcul, ce n’est pas rentable pour la plupart. Donc, hors de question d’opter pour le télétravail, même si c’est tout à fait possible du point de vue technologique. L’Europe ne peut pas devenir un grand acteur IT si de telles barrières persistent.
Davantage de sur-mesure
LJ: A votre avis, comment le Luxembourg est-il positionné pour devenir un véritable centre en matière de «cloud computing»?

JD: Le Luxembourg doit réfléchir sur quels niveaux il souhaite se positionner. Pour l’instant, il met en vitrine ses infrastructures haut de gamme. C’est très bien de pouvoir le faire. Mais ce qui est très performant est aussi très cher. Et il faut savoir qu’il y a une demande pour des capacités et des services un peu moins «haut de gamme». Prenons l’industrie des jeux électroniques. Les exigences de sécurité ou de stockage de données sont autrement moins importantes pour l’hébergement de telles applications que pour les banques de données d’un prestataire de services financiers par exemple. Mais il est certain que si le Luxembourg peut attirer davantage d’acteurs et de services «gaming», cela engendrera des retombées économiques importantes, surtout s’il y a des volumes importants de données en jeu. Il faut donc se poser la question dans quelles mesure les data centers luxembourgeois souhaitent aussi offrir des services en «entry level» comme on dit.

LJ: Offrir davantage de sur-mesure donc?

JD: C’est celà, il faut beaucoup de flexibilité et pas des schémas d’offres fixes. Je pense que c’est un ingrédient indispensable pour vraiment positionner le Grand-Duché en matière de «cloud computing».
Et il faut encore de véritables «business cases» complets dans ce domaine.
Nous sommes aujourd’hui virtuellement prêts pour le «cloud», mais encore en phase de réflexion pour le mettre en oeuvre.

Créée en 2000, l’APSI est une association patronale sans but lucratif
dont le but est la défense des intérêts professionnels, matériels et moraux de ses membres, l’extension et le perfectionnement des institutions des professions de la socété de l’information. Membre de la Confédération Luxembourgeoise du Commerce, l’APSI bénéficie de la représentativité auprès des autorités et institutions nationales. Elle compte une cinquantaine de membres aujourd’hui. L’association organise tous les ans un nombre de séminaires de haut niveau et distribue les «Flagship Awards» aux meilleures entreprises ou initiatives dans le contexte du sujet de l’année. Pour mieux coordonner certaines activités, elle vient de signer une convention avec le groupe de travail ICT de la Fédération des Industriels Luxembourgeois. Des projets de rapprochement sont par ailleurs en cours avec d’autres organisations et chambres de commerce internationales. Le rêve de Jean
Diederich: aboutir à une initiative «ICT Luxembourg» qui fédère toutes les organisations actives dans le secteur autour d’un effort commun de positionnement du Grand-Duché sur l’échiquier IT international. Diederich est actif dans le secteur du conseil et des services IT depuis vingt ans.

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