
Il ne faut pas se méprendre : l’écologie n’est pas à voir comme un souci « par-dessus le marché », comme un problème qui vient s’ajouter aux multiples problèmes existants et difficiles à résoudre. Il ne faut pas la considérer comme un « surcroît » qui agace et dont on se serait volontiers passé. Il est vrai que les conséquences liées à un réchauffement climatique qui, contrairement à celui du Permien il y a 250 millions d’années, est surtout causé par nos activités industrielles inconsidérées et effrénées, ne sont pas réjouissantes alors qu’elles sont importantes et peuvent nous éclaircir sur nos trains de vie. Encore faudra-t-il qu’on arrive à contenir la hausse des températures dans des limites raisonnables. S’il convient d’accuser (considérer) les phénomènes naturels dans leur causalité, il va de soi qu’il ne sert à rien d’accuser (faire le procès à) ceux-ci. Par contre, il convient d’accuser (observer selon une logique scientifique axée sur la connaissance) les évolutions naturelles et d’accuser (selon les responsabilités et principes de la morale) les activités humaines sans excuser celles-ci, qui sont en cause ou qui ont la charge. Quel est donc le propos qu’il convient de mener ?
Disons d’abord que l’idée n’est pas de se décharger en tant qu’humanité dans un aveuglement autrement fatal. Il convient d’agir en toute responsabilité, de voir ce qui se passe, d’ouvrir les yeux et de se dire qu’il faut agir en vue de l’avenir, de ne pas faire la sourde oreille, d’entendre et de s’adapter, de réfléchir et de chercher des solutions sans procrastiner en disant qu’on confiera les soins du dossier écologique aux générations futures dont le futur serait alors compromis. La procrastination dans le discours écologique est fatale. Cette dernière remarque mérite d’être soulignée. C’est à nous d’agir, maintenant et tout de suite. Et si nous considérons que nous sommes des citoyens du monde, alors il est de notre responsabilité civile de veiller à l’évolution climatique dans un esprit de solidarité, de respect et de courage. Cette citoyenneté basée sur un contrat social planétaire reconnaît les droits imprescriptibles de tous les êtres humains et la liberté liée à la conscience.
Que faut-il dire alors ? Que l’écologie doit être vue comme une force et un langage régulateurs ! Que les problèmes liés au climat sont des symptômes, que le vivant a besoin d’une réponse, que nos affaires actuelles ne font pas notre affaire, qu’il convient de revoir nos modes de vie, de se réveiller et de chercher des solutions pour éviter le naufrage. Le réchauffement climatique fait appel à notre sens de la responsabilité et à notre réactivité. Serions-nous des irresponsables en optant pour une insouciance parce qu’elle nous arrange dans l’immédiat alors même que cet immédiat condamne l’après ? Le discours écologique pris au sérieux nous invite à une autre issue. L’être humain, s’il y arrive, en sortira grandi.