Comme l’étape du jour compte trente kilomètres, nous l’avions ramené à vingt-deux pour nous permettre à la fois d’en profiter pour visiter Lugo ...

... et passer un peu plus de temps avec Nicolas et Christiane avant que ne commencent les choses sérieuses pour eux.

Au départ le temps était très lourd et chaud pour ce début de journée et l’horizon ne s’annonçait pas trop beau ce qui s’avérait juste quand nous vîmes les premiers éclairs suivis du tonnerre. Vite un petit calcul de scout pour estimer la distance de l’orage en fonction de la vue de l’éclair et le tonnerre qui suit : nous étions plein dedans. Bien à l’abri de l’averse dans un refuge pèlerin avec des distributeurs de friandises et de boissons, je profitais pour extraire un café. Raymond 2 qui voulait faire autant n’a plus eu de chance – plus de l’électricité dans tout le coin. Après vingt minutes le pire était passé et après avoir vêtu nos pèlerines pour éviter de nous mouiller par les goutes qui tombaient des arbres nous reprenions la route. Peu de temps après nous estimions qu’il serait plus approprié de retirer de nouveau les pèlerines pour éviter de trop transpirer en dessous puisque le soleil sortant en rajoutait du sien. C’est cette seule pluie, qui était la première dans la région depuis six semaines, et aucune autre pour le surplus que nous avons rencontré durant tout notre périple de cette année. Dires que la Galice compte parmi les régions les plus pluvieuses d’Espagne, nous avions eu de la chance. Après notre retour j’ai vu à la télé que la Galice compte de nouveau parmi les régions les plus pluvieuses.

Pour ce qui est de particulier de cette étape je retiendrais trois choses : le granit qu’on trouve en abondance dans cette région, on en voit partout tant au niveau du revêtement des maisons qu’en ce concerne des plaques plus grandes qui sont montées à la verticale pour servir d’encadrement des prés. Puis les premiers arbres d’eucalyptus qui dégagent leur odeur particulière et enfin le chant d’un oiseau. Pendant toute la traversée de l’Asturie nous n’avions pas vu ni gibier ni entendu chanter un oiseau.

Bien avant Lugo, l’approche de la ville s’est annoncée par le bruit type d’une telle agglomération, le passage de l’autoroute, les zoning industriels et commerciaux et bien d’autres constructions. Sortir du calme des petits chemins aussi difficiles qu’ils peuvent parfois être pour s’aventurer dans ceux d’une ville n’est pas donné à tout le monde et j’en fait partie.

Avant de rentrer dans Lugo nous étions tout le temps à la quête de la borne kilométrique cent point zéro-zéro. Hélas, les metteurs en place des bornes ont privé les pèlerins de cette borne, qui aurait certainement été quelque chose d’emblématique, probablement par peur d’y trouver trop de monde pour faire une photo.

Avant de passer par la porte San Pedro qui donne accès à la ville j’avais profité pour déposer une pierre sur une des bornes kilométriques du Camino. Il est d’usage que les pèlerins déposent en cours de route une pierre symbolique en honneur d’une cause qui est leur sienne. La mienne était destinée à Guy et Manuel – eux deux savent pourquoi et je ne dévoile pas plus. Dires qu’il s’agit simplement d’une pierre qu’on dépose, le geste est beaucoup plus symbolique et vous rappelle après-coup qu’il s’agit de bien plus que de se livrer à la seule matérialité de cette pratique millénaire.

Si on parle de Lugo il faut parler de Lugo extra- et intra-muros. Les remparts de la ville datant de la civilisation romaine du IIIe siècles sont entièrement conservés et on peut faire le tour de ville tout en restant sur la partie supérieure des remparts. Comme le Luxembourg, Lugo a été occupé au fil du temps par plusieurs envahisseurs que la ville a survécu : pour Lugo c’étaient les romains, un peuple germanique, les Wisigoths, les Musulmans, les Arabes et pour finir Napoléon.

Après notre rencontre avec Nicolas et Christiane nous avions déposé nos sacs à dos dans l’hôtel Metropol by Caris que je compte comme le plus médiocre dans lequel nous sommes descendus. D’abord par la non disponibilité du personnel et le bruit qu’on entendait dans les chambres à travers les fenêtres.

La fin de l’après-midi était consacrée à la visite de Lugo avec e.a. la Cathédrale Sainte Marie dans et autour de laquelle on peut admirer plusieurs styles de construction : gothique, romain, baroque et néo-classique. Toujours à la recherche d’un tampon pour notre Crédential nous avions cherché en vain à l’intérieur de la Cathédrale. Juste avant de sortir Raymond nous rappelle pour nous demander de l’accompagner vers une guide. Il fallait la suivre dans la sacristie et ça valait bien le retour. Je compte le tampon de la Cathédrale de Lugo parmi un des plus beaux qui j’ai recueilli au fil du temps mais il faut savoir qu’on ne le reçoit que dans la sacristie comme c’était le cas l’année passé à Santander.

Pour finir la journée nous avions mangé dans la vieille ville. Gare néanmoins à l’arnac des restaurateurs. Comme tout le monde ne prenait pas de vin aujourd’hui, on ne commandait pas une bouteille mais un verre. Quand j’ai réclamé que le peu de contenu qu’il avait mis dans le verre ne répondait à aucune norme, le garçon était retourné chez son patron qui se trouvait dans la porte qui donnait sur la terrasse et après discussion il hochait de la tête. Nous avons finalement eu droit à un verre rempli à sa juste mesure. Ce qui se passait par la suite n’est pas inintéressant. Autour d’une autre table il y avait également des pèlerins y compris la dame de Berlin qu’on avait rencontré le premier jour. Elle aussi avait commandé un verre de vin rouge ce que j’avais entendu puisqu’on était assis dos à dos. Comme je voulais être sûr que le garçon ne lui jouait pas le même tour, je me suis retourné pour observer le remplissage. Se sentant pris au piège le garçon prenait un contact visuel avec son patron et comme il hochait de sa tête, le verre était rempli comme le nôtre.

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