Lors du desayuno nous avions rencontré trois pèlerines suédoises dont une portait une coiffe qui laissait supposer qu’elle était d’origine scandinave...

...sans pour autant pouvoir lui attacher un lieu de provenance exact. Le desyauno en lui était typique pour la région sauf qu’on nous apportait du tostado à volonté sans supplément. Alors que nos chemins ne s’étaient pas croisés depuis quelques jours, nous avions rencontré les âmes sœurs à hauteur de l’église. Les croiser à cette heure matinale laissait prévoir qu’une nouvelle journée de recherche commençait.

L’étape du jour croise à de multiples reprises la N547 ce qui vous incite à prudence. Jusqu’à Castaneda il y a quelques faux plats et la suite ne présente plus de difficulté particulière. Ce qui est par contre gênant est le bruit des voitures et l’odeur émise par les modèles construits il y a longtemps.

Castaneda est intéressant à double titre. Juste à l’entrée du village à travers un chemin boisée se trouve un petit chalet en bois tenu par une personne qui propose un peu de tout à la vente : denrées alimentaires, boissons, tarte de Santiago, écharpes et pins. Puis à l’intérieur du village je voyais un homme que j’estimais dans les quatre-vingt ans venir en sens opposé de notre marche. Arrivé à une dizaine de mètres, son visage s’illuminait et il souriait comme on le fait lors de la rencontre avec une personne qu’on aime bien et qu’on n’a pas vu depuis longtemps. Juste à ma hauteur il venait à mon encontre et levait son bras droit pour un « give me five » que j’ai volontiers retourné. J’avais tout attendu sauf ce geste – impressionnant ce que des gens peuvent faire sans se connaître pour laisser un souvenir inoubliable.

Avant de partir sur le Camino 2018 j’avais vu un reportage sur une chaîne allemande intitulée « Asphaltpilger ». Il s’agissait d’un groupe de huit couples d’allemands partis avec leurs camping-cars pour s’arrêter devant chaque village, faire un kilomètre à pied, aller chercher un tampon pour leur Crédential et continuer ainsi la route jusqu’à Saint Jacques de Compostelle. Ce qui m’avait interpelé le plus était la manière dont un des participants se vantait connaître maintenant la manière dont le Camino était fait. Par contre il y avait un couple qui à partir de la quatrième journée s’interrogeait si ce qu’ils faisaient, correspondait bien à la réalité des choses : « j’ai un peu honte » confiaient-ils au reporter « de voir des pèlerins dans la pluie et la chaleur à la recherche d’un abri en fin de journée alors que nous on a tout, bien au chaud, à l’abri de la pluie ou dans un environnement climatisé ».

Comme ce reportage m’avais étonné à outre mesure, j’étais d’autant plus surpris que depuis quelques jours nous avions vu un camping-car à l’entrée des villages dans lesquels nous avions battu le pavé. Ils étaient effectivement en train de collecter des tampons pour le Crédential.

Tout près de Ribadiso dans une clairière se trouve le Bar Manuel – le lieu idéal pour faire une pause. Devant le bar une bonne douzaine de tables, chacune munie avec un parasol et le plein de pèlerins. A l’intérieur se trouvait une affiche vantant les fromages locaux. La patronne m’expliquait que le fromage provient exclusivement du lait de la région et nous avons profité pour gouter deux sortes – une merveille le tout avec un peu de pain et un café.

Alors que tout le monde était depuis le petit matin en tenue de travail c.à.d. Tshirt pour éviter une surchauffe et une transpiration trop abondante, je ne peux me passer de dire un mot sur les pèlerins « asiatiques » qu’on rencontre en abondance. Si certains réagissent comme nous, la grande majorité semble néanmoins avoir peur du soleil. J’ai des difficultés pour comprendre, alors que le pèlerin lambda pérégrine en Tshirt, pourquoi des personnes mettent une jaquette fermée jusqu’au coup – il ne manquait que certains mettent encore des gants.

Les us et coutumes étant ce qu’elles sont, il est cependant parfois difficile pour faire la différence entre ce qui est typique pour un coin et le respect du travail d’autrui. Tel est notamment le cas en Espagne avec les papiers qu’on trouve par terre que ce soit sur une terrasse ou dans un bar. Les locaux jettent en effet tout papier par terre, que ce soit l’emballage d’un sucre ou autre, alors que nous on a plutôt l’habitude de mettre ces papiers dans le premier bac à ordure qu’on trouve ou du moins, en ce qui concerne l’emballage d’un sucre, de le mettre soit dans la tasse vide ou le caler entre l’assiette et la tasse. C’est certes prétentieux me direz-vous, mais une fois sur place on change vite d’avis si la personne qui doit ramasser le tout par après a un certain âge et gagne difficilement son pain.

Pour éviter le bruit des voitures le long de la N547 nous avions opté à Arzua de prendre sur quelques kilomètres une route alternative passant par Pregontono. Je ne peux que recommander cette alternative dans la mesure où elle passe partiellement à travers un beau chemin forestier avant de rejoindre derrière Pregontono le Camino Frances.

Vous connaissez probablement ce sentiment qui vous empare les derniers jours de vacances alors que vous êtes encore en vacances mais pas encore rentré. On se trouve quelque part entre deux chaises. C’est justement ce que je ressentais en cette fin de journée. Physiquement j’étais toujours sur le Camino mais dans la tête je n’y étais plus.

La Casa Tia Teresa dans laquelle j’avais réservée pour la nuit se situe sur la N547. La maison ne dispose que de quelques chambres et le comedor n’est pas trop grand. Cependant dès notre arrivée, à voir la Tia (tante) Teresa, on se sent chez soi. Un accueil comme si on retrouvait de vielles connaissances et toujours à la quête pour savoir si on se sent bien etc. Nous avons bien entendu pris le repas chez elle et il se passe de commentaires pour dire que c’était excellant tant en ce qui concerne la qualité que le service assumé par le mari de tia Teresa.

Mon Camino avait failli se terminer en cette veille d’arrivée à destination. Alors que nous mangions j’avais mis une jambe sur l’autre sans me rendre compte que mon pied gauche s’était endormi. Au moment de me lever, le pied refusait tout service et au dernier moment j’ai pu m’appuyer avec la main sur une table voisine. Plus de peur que mal lourd de conséquence. On n’est jamais arrivé tant qu’on n’est pas au point final.

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