Comme les prévisions météorologiques étaient bonnes, nous quittions Lugo de bonne heure en suivant l’itinéraire du Camino ...

...à travers la ville en passant près de la Cathédrale, pour sortir des remparts par la porte Santiago et descendre vers le pont romain piétonnier qui passe au-dessus du rio Mino.

Tiens, qu’elle surprise : l’appman. Interrogé sur la fiabilité de son app puisqu’il fallait bien que je le nargue un petit peu, il me répondait : « finalement je ne la consulte plus – j’ai décidé de suivre les autres pèlerins ». Eh ben bonne chance et si jamais tu auras quelqu’un devant toi qui utilise également une app en marchant ce serait préférable d’opter pour les flèches jaunes.

A partir de Lugo, le Camino Primitivo est presque plat – fini les montées à plus de mille mètres. La seule difficulté de la journée était le passage de Lugo à Potomarin.

Avant de rejoindre Nicolas et Christiane, Raymond 2, Raymond et moi avions convenu, eu égard à l’âge de Nicolas qui compte depuis quelques années un sept devant son âge, de lever le pied, de ne pas faire des étapes de trente kilomètres et de marcher le plus que possible ensemble.

Comme Lugo est un des départs pour ceux qui ne font que les derniers cent kilomètres le nombre de pèlerins sur le chemin s’était bien agrandi depuis hier. Notons au passage que Nicolas et Christiane ont franchi pas mal de kilomètres sur le Camino avec le trajet de Nicolas depuis son domicile sur le Chemin de Vézelay jusqu’également dans les environs de Bordeaux, puis la Voie du Puy ensemble avec Christiane – trajet sur lequel je les avais accompagné depuis Condom jusqu’à Saint Jean Pied de Port, et le Camino del Norte depuis Bilbao.

Après la montée à la sortie de Lugo, le chemin passe plus ou moins toute la journée au même niveau. Le seul bémol est le fait qu’il passe beaucoup par le goudron de la LU2901 et forcément on ne peut pas trop communiquer pour écarter tout surprise avec une voiture qui viendrait trop vote. C’est donc seulement dans les chemins ruraux et dans la forêt qu’on peut marcher côte à côte et s’échanger. Cette nuit tout le monde n’a pas trop bien dormi à cause du bruit des véhicules qui passaient devant l’hôtel. Pour permettre à Nicolas et à Christiane de prendre leurs repères nous avions fait une halte après deux heures de chemin. C’est ainsi que nous étions rentrés dans un petit bar quelque peu en retrait du chemin pour nous reposer et boire un café. Pour ne rien cacher, le café était infect – un liquide brun noire qui a probablement été remis à plusieurs reprises à température. Par contre la tortilla maison, avec du pain tomate grillé à l’huile d’olive accompagné de poivrons verts cuits avec un peu de fleur de sel était une merveille - quelque chose qu’on peut manger à n’importe quelle heure. C’est également dans ce bar que nous avons revu la dame de plus de soixante-quinze ans qu’on avait rencontré près de Salas. Chapeau et la preuve qu’on peut partir à n’importe quel âge pour peu que le physique ne vous joue pas un mauvais tour et considère que l’âge n’est qu’un chiffre.

Quand nous sortions du petit bar dans lequel les pèlerins se cédaient la poignée, les « Millpäteren » dont Nicolas fait partie étaient aux anges quand ils voyaient le stock de bois, de planches et de poutres stockés autour du bar. Que du bonheur et pleins de projets dans les têtes.

Pour la suite du chemin et surtout quand il passe à travers les forêts on se rend compte que dans le coin on attache de l’importance à son entretien tout en ne lui enlevant pas son caractère d’origine. Ceci est d’autant plus vrai si on passe à travers ces petits villages et/ou fermes isolés qui revêtent au paysage quelque chose d’unique. On peut néanmoins discuter sur le fait si c’est bien les autorités qui attachent de l’importance à leur entretien ou si c’est dû aux personnes un peu fortunées qui sont en train de racheter à gauche et à droite pour en faire une seconde résidence. Fait est que le tout n’est pas en état de décomposition et que si restauration il y a elle est faite selon les règles de l’art.

Lors de la pause midi près d’une de ces dépendances non loin de San Miguel de Bacarin, je discutais avec une femme qui était en train d’entretenir une tombe dans un petit cimetière tout proche. Elle me racontait qu’elle était du coin, qu’elle habitait maintenant Lugo mais revenait régulièrement sur ses racines. Pour le surplus elle se réjouissait que tout ce qui lui était cher et ce qui lui rappelle son enfance ne tombait pas en ruine. A ce moment je me disais qu’on soit chez nous, en Espagne ou ailleurs, il existe toujours des personnes qui ne perdent pas le nord, leurs sources et qui se soucient de laisser derrière eux on monde qu’on n’a qu’emprunté et qu’on laissera un jour à nos enfants.

Jusqu’à San Romao de Retorta le chemin est similaire à celui qu’on avait parcouru depuis le matin. Une fois arrivé, je devais cependant me rendre à l’évidence que la Pension Cruz da Veiga que j’avais trouvé sur ne net sous San Romao de Retorta n’était pas dans ce village qui ne compte qu’une soixantaine d’âmes mais à plus de huit kilomètres à Guntin. Comme nous avions déjà parcouru vingt kilomètres et que le soleil y ajoutait du sien, nous avons convenu de demander à la première voiture qui passait de bien vouloir prendre Nicolas et Christiane jusqu’à Guntin alors que Raymond, Raymond 2 et moi termineraient à pied. Très vite nous devions quand même nous rendre compte que le souhait ne se transforme pas toujours en réalité au moment voulu. Un kilomètre plus loin nos vœux étaient quand même exhaussés et une heure et demi plus tard nous avons retrouvé Nicolas et Christiane dans la Pension Cruz de Veiga qui s’est avérée être une sorte de motel pour routiers.

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