Kelly Meris-WeberAlpha

Liesserbréif vum Kelly Meris-Weber
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Le projet Alpha a été voté à la Chambre des Députés malgré les critiques des spécialistes en la matière et l’absence d’études empiriques achevées. Outre les soucis d’ordre logistique, ce projet, ayant comme finalité d’aplatir les obstacles d’apprentissage engendrés par la langue allemande dont souffrent les enfants venant d’une zone linguistique non-germanophone, soulève d’importants questionnements. Notons déjà que les enfants non-luxembourgeois vivant au Grand-Duché ne sont pas tous franco- ou lusophones. L’argument de l’égalité des chances ne tient donc pas la route, ou se présente sous une forme très exclusive.

Si d’un point de vue scientifique, un enfant devrait idéalement apprendre à lire et à écrire dans sa langue maternelle, cela ne peut être réalisé dans un pays d’accueil. Ce ne fut d’ailleurs jamais le cas pour les écoliers luxembourgeois au Luxembourg, alphabétisés en allemand. Bien que proches, le luxembourgeois et l’allemand sont deux langues distinctes. Si l’alphabétisation en langue allemande constitue une difficulté majeure pour les élèves lusophones, n’oublions pas que le français est introduit assez tôt dans le parcours scolaire, à savoir au cycle 2.2. Ces élèves brillent-ils pour autant dans cette langue plus accessible ? Dans le cas contraire, est-ce dû à l’alphabétisation dans une langue peu familière ? Sachons également que cette alphabétisation n’est pas encore accomplie au moment de l’initiation à une langue étrangère supplémentaire. Devrait-on accorder plus de temps aux élèves pour se sentir à l’aise en allemand avant d’entamer l’apprentissage du français ? Celle-là et bien d’autres pistes de recherche ont été négligées, des liens de causalité possibles ignorés.

L’apprentissage d’une langue ne pouvant se résumer à ses leçons d’enseignement, l’emploi rigoureux de la langue cible comme langue véhiculaire à l’école, lors de toutes les matières, a jusqu’alors permis d’assurer le principe crucial du bain de langue (certes pas toujours observé pieusement ; le sujet est épineux…). Le nouveau Plan d’études prévoit l’utilisation du luxembourgeois comme langue de communication. C’est dépourvu de sens et ne sert qu’à satisfaire le dada des identitaires. Les élèves luxembourgeois en sont les plus défavorisés : ils ne bénéficient aucunement de l’exercice d’une langue qu’ils maîtrisent déjà. Les enfants lusophones sont, quant à eux, accablés d’une difficulté supplémentaire, le luxembourgeois constituant souvent une barrière de la même ampleur que l’allemand.

Sans nier l’importance du luxembourgeois afin de favoriser le vivre-ensemble, considérons que la réussite scolaire repose sur d’autres piliers. L’équilibre entre la mission d’intégration de l’école et la transmission du savoir est en péril, au détriment de la dernière.

L’application des nouvelles directives comporte le risque d’un apprentissage approximatif de chacune des langues enseignées, intensifiant le déclin du niveau scolaire.

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