
La 70 e édition de l’Eurovision a eu lieu et les suffrages ont parlé, n’en déplaise à ma vue et à mon ouïe. La chanson Bangaranga l’a remporté. Faut-il s’en étonner ? Tendance oblige plus que talent, voudrais-je dire. Je ne dis pas que la chanteuse ait démérité ni qu’elle n’ait pas de voix. Elle a assuré le show et s’est donnée à fond. Mais le titre ? Mais le texte ? Mais la danse ? Mais cette transe, extravagance, outrance et protubérance qui ne surprennent vraiment pas aujourd’hui... Les courbes qui sont produites sur scène, la frénésie du « riot », de l’émeute, où les seins font le dessein … Et dire qu’on parle d’un appel à la révolte ??? Je m’en réjouirais si j’étais le chef de Panem dans Hunger Games. Cette soit-disant révolte dont parlent certains articles en lien avec Bangaranga est tellement conformiste. Le Bangaranga est le conformisme plébiscité qui masque et sert les impérialismes en marche, l’oligarchie du moment. Mais Show must go on !
Quand on me pose maintenant la question de la chanson qui a contrasté le plus avec Bangaranga, je n’aurai pas de difficultés à répondre que c’est le titre de notre candidate à l’Eurovision. La chanson « Mother Nature » formidablement interprétée par Eva Marija, la jeune artiste de vingt-et-un ans, mérite toute mon attention et l’attire entièrement. Quel titre ! Quel texte ! Quelle danse ! Quelle simplicité et quelle puissance ! La chanteuse a chanté avec son cœur, elle a donné voix, une voix qui n’a rien à envier à celle de la gagnante mais qui surprend bien plus par son timbre, son grain, sa texture vocale. Le rythme est graduel, allant crescendo, enchaînant les paliers, portant vers une conviction intime, alliant l’envol et l’enracinement. Puis le message est limpide, portant sur les origines, la mémoire et l’écologie. La nature qui souffre aujourd’hui, ainsi que les peuples, sont là et s’expriment noblement, avec dignité, en la personne d’une personne remarquable et que le Luxembourg a eu raison d’envoyer. En demi-finale, après les trois premières chansons, les quelques notes de violon ressemblant à des gouttes de pluie ont été une délivrance, puis la voix de la chanteuse a été un bienfait et un réconfort. Cette délivrance, contrairement à la frénésie ou protubérance musicale du premier titre, a été puissante, autrement, vraiment, selon une force qui me rappelle le vœu des Jedi de Star Wars. Ceci dit, il aurait sans doute été préférable de garder la première mise en scène, plus axée sur le feu et la glace, proche du film Avatar de James Cameron et du débat écologique, que lespapillons du spectacle de la demi-finale, un peu trop féerique, mais ce n’est ici qu’un détail. Personnellement, j’aurais préféré le feu et la glace.
Quant au reproche de plagiat, je me permets de dire que ce reproche est scandaleux et qu’ayant écouté le tube soi-disant copié, je ne puis que m’en étonner. C’est du n’importe quoi inventé par des gens malveillants. Puis indépendamment de l’originalité incontestable de notre candidate, l’obsession du plagiat s’apparente de plus en plus à une maladie liée à l’obsession de la propriété à laquelle il faudrait sans doute opposer le crime d’influence ! Pour être sûr de ne pas être imité, il faut s’assurer de ne pas être écouté.